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Donatien Alphonse François, Marquis de SADE Les antiquaires. Manuscrit autographe complet et unique.

40 000 €

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Donatien Alphonse François, Marquis de SADE

Les antiquaires. Manuscrit autographe complet et unique.

S.n. , s.l. août 1808, in-8 (17,5x21,5cm), (40f.) (3f. bl.), en feuilles.


Manuscrit original complet d'une des première oeuvres du Marquis de Sade, entièrement réglé au crayon, et composé 40 feuillets recto-verso. Ce manuscrit, de même que les autres pièces conservées du Marquis, a été dicté à un copiste et corrigé par Sade lui-même.
Cahier broché sous couverture verte de l’époque, présentant un petit manque au milieu du dos. Titre à la plume en partie effacé sur le premier plat : 9/ Net et corrigé en août 1808 - bon brouillon. Les Antiquaires. Comédie en prose en 1 acte. Ce titre est reporté au verso du premier plat de couverture.
Nombreuses corrections, annotations et biffures manuscrites de la main de Sade, principalement des ajouts de didascalies, riches en indications scéniques et psychologiques.
Composée en 1776 puis recopiée à Charenton en 1808 et vraisemblablement enrichie à cette époque de quelques variations opportunes – notamment une allusion à Napoléon « dont il espérait, bien à tort, obtenir la permission de quitter, en homme libre l’hospice de Charenton » (p. 94) – Les Antiquaires est l’une des premières créations théâtrales achevées du Marquis et par là-même, une de ses premières œuvres littéraires, composée huit ans avant le Dialogue entre un prêtre et un moribond.
En effet, si la datation décisive des pièces est rendue difficile par l’absence des manuscrits initiaux, plusieurs indices ont permis aux bibliographes de précisément situer la première rédaction de cette pièce en 1776, avec une possible version corrigée durant la période révolutionnaire et quelques dernières évolutions au moment de cette ultime rédaction, qui est aujourd’hui l’unique manuscrit conservé de cette pièce.
Parmi les indices de datation – statut du personnage juif et anglais, style des dialogues, correspondance de Sade avec les théâtres – l’élément le plus déterminant est biographique.
Les Antiquaires peut en effet être considéré comme le véritable « volet théâtral » du Voyage d’Italie de Sade avec lequel il entretient une intertextualité constante.
La pièce met en effet en scène un antiquaire – c’est-à-dire au sens du XVIIIème un érudit, amateur d’antiquité – qui souhaite marier sa fille à un ami partageant la même passion, tandis que celle-ci trouve un stratagème pour le convaincre de la laisser épouser son jeune amant.
Que ce soit à travers le discours savant des vrais antiquaires ou celui, farfelu, de l’amant les singeant, Sade se sert de sa propre expérience et de ses impressions de voyage qu’il expose ou détourne selon le point de vue de ses personnages. Ainsi la description par l’amant Delcour du volcan Etna est-elle une parodie du récit détaillé que Sade fait du volcan Pietra-Malla, tandis que l’invention d’une « galerie souterraine reliant l’Etna à l’Amérique », est directement inspirée du tunnel de la Crypta Neapolitana, décrit par Sade dans son Voyage. Le Marquis invoquera cette même expérience volcanique pour écrire l’une des plus fameuses scènes de son Histoire de Juliette.
A peine revenu de son dernier périple savant, et presque parallèlement à l’écriture documentée et passionnée de cette expérience, Sade compose donc une version satirique de celle-ci (jusqu’à ses déboires d’intendance) maniant à la fois critique sociale de l’érudition stérile, et autodérision de sa propre passion pour l’Histoire, de « son avidité de tout voir et son insatiable curiosité » (cf. Maurice Lever, préface de Voyage d’Italie).
La satire virulente s’accompagne ainsi paradoxalement d’une démonstration très sérieuse des connaissances de l’auteur très au fait des dernières découvertes et des grandes questions archéologiques du temps.
C’est d’ailleurs ce qui vaudra à la pièce la critique de deux directeurs de théâtre auxquels Sade la proposa, vraisemblablement durant les années 1791, 1792 : « L’ouvrage est purement écrit. Il annonce esprit et connaissance dans un auteur, mais la pièce est trop sérieuse, trop scientifique. » (Théâtre du Palais-Royal) ; « Moins d’étalage d’érudition, plus de ridicule […] sont autant de moyens nécessaires pour mettre en scène Les antiquaires. L’auteur qui se montre partout très instruit, s’en convaincra lui-même » (Théâtre de Bondi).
A moins que la pièce décriée soit une première version et que Sade ait tenu compte de ces appréciations et corrigé les défauts énoncés dans l’œuvre qui a survécu, il semble que ces critiques résultent d’une incompréhension de ce qui fait justement la particularité de cette pièce.
En effet, malgré un schéma très classique du conflit de génération confrontant un père obtus, obsessionnel et naïf à une jeunesse fantasque et libre d’esprit, la pièce ne propose pas de jugement définitif et les personnages d’anciens ne sont finalement pas dupes des supercheries et stratagèmes élaborés par les jeunes qui, eux-mêmes, finissent par concéder à leurs aînés une certaine autorité et manifester un respect pour leur savoir.
Si la pièce est très largement inspirée de Molière, c’est donc en digne héritier de Diderot que Sade met en scène cette nouvelle querelle des Anciens et des Modernes, c’est-à-dire de l’antiquaire opposé au philosophe, dont fait état Jean Seznec dans ses Essais sur Diderot et l’Antiquité.
Dans le discours préliminaire de l’Encyclopédie d’Alembert statue définitivement sur cette question : « C’est pourquoi, à mérite fort inégal, un Érudit doit être beaucoup plus vain qu’un Philosophe ». Diderot, plus modéré, expose dans l’article « érudition », les bienfaits et les limites des deux postures intellectuelles. C’est clairement de cet héritage que se réclame le jeune Sade dont la pièce illustre « les paradoxes de ce débat avec une irrésistible virtuosité satirique » (S. Dangeville) tandis que l’auteur définit sa position dans la querelle entre antiquaires et philosophes à travers la figure de Delcourt : « Eh mais vraiment il me serait difficile de passer pour un [savant]. J’ai pu acquérir toutes les connaissances d’un homme de mon état, sans néanmoins avoir étudié les sciences que Monsieur votre Père et ses amis cultivent depuis si longtemps. »
La réponse de la soubrette, Cornaline, témoigne pour sa part d’une liberté assumée face au savoir qui semble annoncer et éclairer la philosophie atypique et le détournement des valeurs du futur auteur des Cent Vingt Journées de Sodome : « Fussiez-vous vous-même aussi profond qu’eux, je ne veux pas que vous le paraissiez ; battez la campagne, faites des anachronismes, petit à petit on se méfiera de vous, on soupçonnera du mystère et de là même naitre et l’instant de vous dévoiler et la nécessité de ne plus feindre. »
Cette apologie de l’excès jusqu’à l’invraisemblable, encore limité en cette année 1776 au domaine du savoir pourrait bien être les prémisses d’une pensée qui va s’épanouir dans des épopées apocalyptiques « propre[s] à faire naitre l’instant de [n]ous dévoiler et la nécessité de ne plus feindre ».
Cette première expérience littéraire dont Gilbert Lély minimisa l’importance témoigne en réalité d’un auteur bien plus aguerri qu’il ne paraît au prime abord. Certes, comme l’écrit Sylvie Dangeville, Les Antiquaires est clairement rattaché aux années d’apprentissage de l’écriture théâtrale par le jeune marquis. Elle donne pour exemple la très forte influence des Fourberies de Scapin, du Malade imaginaire et des Femmes savantes sur les péripéties des Antiquaires.
Notons cependant, que Sade ne s’inspire que très légèrement de la structure dramatique de ces pièces mais bien plus largement – jusqu’à l’excès encore ! – des ressorts comiques de situations.
Or en soumettant au spectateur des personnages cachés dans des sacs et battus, des amants surgissant de coffres près à être brûlés, et des femmes prédatrices : « Un loup dans mon enfance se jeta sur moi et depuis lors j’entre quelque fois dans des accès de fureur ; je crois que je vous dévorerais, Monsieur », Sade n’est-il pas, déjà et entièrement, Sade ?

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