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Georges BATAILLE Ensemble de huit lettres autographes signées adressées à Denise Rollin

Georges BATAILLE

Ensemble de huit lettres autographes signées adressées à Denise Rollin

S.n., s.l. s.d. (1940-1943), 21x27cm, 8 lettres sur 13 pages.


Exceptionnel ensemble de huit lettres manuscrites signées de Georges Bataille adressées à Denise Rollin, qui fut son amante entre l'automne 1939 et l'automne 1943.

 



 Autant la vie de Bataille écrivain est bien connue dans ces années, autant sa vie privée échappe. Et ce n'est pas le moindre paradoxe de cette oeuvre plus qu'aucune autre dénudante qu'elle ne dise de la vie privée que le minimum, et généralement le pire. » (M. Surya, G. Bataille, la mort à l'oeuvre)

Lorsque Georges Bataille rencontre Denise Rollin en 1939, il vient de perdre son précédent amour, Colette Peignot, morte de la tuberculose, tous ses amis l'ont abandonné, et la guerre vient d'être déclarée. Pourtant ce chaos sentimental et social n'affecte pas autant Bataille que la relation tumultueuse qu'il entretiendra alors avec Denise Rollin, amie de Cocteau, Breton, Prévert et égérie de Kisling et Derain.

Leur idylle durera quatre ans, on connaît peu de détails de leur vie sentimentale durant cette période d'Occupation sinon ce que Bataille veut bien nous en apprendre dans Le Coupable qui s'inspire pour une part de cette relation passionnée et douloureuse.

En 1961, lors d'un entretien, Bataille reviendra sur cette période : « Le Coupable est le premier livre qui m'ait donné une sorte de satisfaction, anxieuse d'ailleurs, que ne m'avait donnée aucun livre et qu'aucun livre ne m'a donnée depuis. C'est peut-être le livre dans lequel je suis le plus moi-même, qui me ressemble le plus... parce que je l'ai écrit comme dans une sorte d'explosion assez rapide et assez continue. »

Les lettres que Bataille adresse à Denise durant cette période contiennent en effet en germe les sentiments qui explosent dans Le Coupable comme dans toute l'oeuvre de Bataille. Flux et reflux incessant d'amour et de souffrance, d'extase et de déception, de calme et d'énergie, mêlant tutoiement et vouvoiement, compliments et reproches, elles sont souvent impossible à dater avec précision tant elles procèdent toutes d'un même mouvement de flagellation extatique :


 

« Je n'ai même plus le courage de vous dire ce que je souffre : en tout cas imposer une pareille souffrance à un homme, exactement pour rien, cela devient une maladie, comme un délire. Je ne sais pas comment j'ai trouvé moyen d'espérer malgré tout - jusqu'ici. »

« Ce que tu me dis dans ta lettre, c'est pour moi ce qui délivre, c'est comme la nudité - tout ce qui se déchire entre toi et moi. Mais encore une fois, je ne me suis jamais senti aussi fier de toi. »

« Jai honte de tant souffrir et de vous ennuyer avec ma souffrnance quand vous seule êtes malade. »

« Je ne vous parle que pour que vous sachiez à quel point je vous aime, à quel point tout es devenu en moi aussi vrai que la maladie. »

« Je suis tellement fou en ce moment que je ressens comme une complicité et une perfidie de tous pour me faire mal, comme si vous vous prêtiez au jeu pour que je sois encore plus désespéré. »

« Maintenant je n'aspire qu'à une chose, c'est à vous prouver que je n'appartiens plus qu'à vous, que je suis rivé à vous, que je veux que vous le sachiez à tel point que si je ne devais plus avoir d'autre moyen qu'une profanation pour vous le prouver, je ferais devant vous cette profanation. »

«  Je ne voudrais pas que tout s'enlise, [...] je veux bien accepter la souffrance pour moi, plutôt que pour vous et moi une sorte de médiocrité infirme. »

« Je vous écris comme un aveugle, parce que (...) vous me faites tomber dans une obscurité insupportable. »

« Peut-être ai-je été trop heureux avec vous pendant plusieurs mois, même alors que l'angoisse ne tardait jamais beaucoup à interrompre, au moins pour un temps, un bonheur qui était presqu'un défi. »

La guerre, dans ces lettres, ne semble vue et vécue qu'à travers la tension amoureuse de Bataille :



ésagrément anodin lorsqu'il est comblé : « Il ne faut pas t'inquiéter - mais pas du tout. Tu ne peux imaginer à quel point ici tout le monde est calme (...) si tu étais là, tu serais sûrement aussi calme que moi. (...) Pendant toute l'alerte, j'ai déjeuné bien tranquille avec mon chef de service de passage à Paris (il est au front). (...) Un peu après, Henri Michaux est venu me voir, il avait assisté d'assez près à quelques effets. Naturellement il y avait une telle canonnade qu'on n'en avait pas [encore] l'idée. » Pénible écho de ses moments de doute amoureux : « Je ne voudrais pas ajouter une autre préoccupation à celles que vous avez déjà. J'ose à peine vous faire rire en vous racontant que je maigris, que mes pantalons tombent quelquefois (...). Je ne souffre trop que si les choses prennent l'abominable détour des difficultés matérielles. Parfois vécue comme un obstacle à son couple :

« La sirène que vous avez entendue à l'instant même où nous avons été séparés l'un de l'autre annonçait une fin d'alerte. D'abord j'ai été déprimé par une coïncidence aussi désarmante mais quand j'ai vu que c'était la fin de l'alerte je me suis pris au contraire à espérer. Mais c'est dur de me sentir ainsi tout à coup arraché à vous, de ne plus rien pouvoir vous dire, d'être réduit à cette lettre. » Parfois au contraire perçue comme l'essence même de cette passion démesurée : « Quelque fois je pense que c'est comme s'il y avait entre toi et moi quelque chose de plus violent et de plus terrible du fait que nous nous sommes trouvés au milieu d'une aussi grande tourmente. Comme si l'amour le plus vrai ne pouvait s'accorder qu'avec le dérangement de tout. »

Et pourtant toujours dominée par cette passion qui relègue les événements extérieurs même tragiques au second plan :
« Je me laisse noyer plusieurs heures en pensant à tous ces déchaînements sans fin qui me séparent de toi. Et puis tout à coup, en face de toi, plus près de toi que jamais, je redeviens absolument dur et plus fort que ce qui nous noie ensemble. » En 1943, Georges Bataille trouve à Vézelay une maison où le couple va s'installer avec Laurence, la fille de Georges et Sylvia, et Jean (alias Bepsy ?), le fils de Denise. C'est là que Bataille achèvera son livre Le Coupable en même temps que son histoire d'amour, puisqu'à peine un mois après leur arrivée, une jeune femme de 23 ans, Diane Kotchoubey s'installe à leur côté. Avant la fin de l'année, Bataille quittera Denise Rollin pour cette nouvelle passion.

Cette maison de Vézelay est l'objet de la dernière lettre que nous proposons et l'on note que l'appartement avec lequel hésite Bataille (« il n'y a rien d'autre à louer que ce que j'ai vu ») est peut-être celui qu'il réserve pour Jacques Lacan et Sylvia Bataille. Ceux-ci ne venant pas finalement, c'est Diane qui s'y installera avec les conséquences que l'on sait. C'est là sans doute une conclusion logique de son histoire avec Denise Rollin, incarnation de ce que Bataille appelle « la chance » : « Mais une chance aussi ensorcelée dans un monde devenu affreux me fait trembler » (Le Coupable).

Ces lettres, inconnues jusqu'alors, ont été conservées par Maurice Blanchot, le meilleur ami de Bataille, qui fut à partir de 1944 le nouvel amant de Denise Rollin, cette femme à la beauté « mélancolique et taciturne » qui « incarnait le silence ».

Froissées (l'une est même déchirée en cinq morceaux), ces lettres sont autant la précieuse trace d'une passion amoureuse de Bataille qu'un enseignement sur une période méconnue de sa vie intime (que l'on ne percevait qu'à travers le regard extérieur de ses amis).

Mais elles forment avant tout un exceptionnel ensemble littéraire dans lequel se dévoilent tour à tour l'homme, le maudit, l'adorateur et le profanateur... tout ce qui, d'après Michel Foucault, fait de Georges Bataille « l'un des écrivains les plus importants de ce siècle ». Car pour Bataille les souffrances de cet amour constituent l'Amour même, comme il l'écrit dans Le Coupable :

« L'amour a cette exigence : ou son objet t'échappe ou tu lui échappes. S'il ne te fuyait pas, tu fuirais l'amour. Des amants se trouvent à la condition de se déchirer. L'un et l'autre ont soif de souffrir. Le désir doit en eux désirer l'impossible. Sinon, le désir s'assouvirait, le désir mourrait. »

- Supplément bibliographique d'après les informations aimablement communiquées par Marina Galletti : La lettre débutant par "La sirène que vous avez entendue" serait écrite le 26 mai 1940. (cf. t. V des Oeuvres complètes de GB, p. 521, où est évoqué le même épisode). La lettre débutant par "Je t'en supplie. Il ne faut pas t'inquiéter" serait écrite le 3 ou 4 juin 1940. (Cf. t. V des O.C:, p. 524, où est évoquée la rencontre avec Michaux)

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Réf : 44537

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