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Autographe, Edition Originale

Charles BAUDELAIRE Les fleurs du mal

55 000 €

Réf : 65131

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Charles BAUDELAIRE

Les fleurs du mal

Poulet-Malassis & De Broise, Paris 1857, 122x195mm, relié sous étui.


Édition originale imprimée sur vélin d'Angoulême, bien complète des six pièces condamnées.
Reliure janséniste en plein maroquin grenat foncé, dos à cinq nerfs, date dorée en queue, roulettes dorées sur les coiffes, encadrement d'un filet doré sur les contreplats en plein maroquin noir, gardes de soie moirée violine, couvertures et dos conservés (premier plat et dos comportant des traces de restauration), filets dorés sur les coupes, toutes tranches dorées ; étui bordé de maroquin grenat foncé, plats recouverts de papier à la cuve, intérieur de feutrine marron, superbe ensemble signé de Semet & Plumelle.
Jointe une lettre autographe signée de Charles Baudelaire à Auguste Poulet-Malassis, écrite le 30 mars 1857, datée par Malassis du jour de sa réception [2 avril 1857]. Une page in-8 sur un bifeuillet, le second portant adresse autographe à Alençon, timbre et marques postales, sous chemise demi-maroquin noir moderne. Provenant de la collection d'Adrienne Monnier (Correspondance, éd. Cl. Pichois, Pléiade, 1973, t. I, p. 391.).

Rarissime exemplaire de première émission comportant en plus des habituelles fautes typographiques de l'édition originale (« Feurs du mal », erreur de pagination…), la faute d'impression de la page 12 « s'enhardissent » pour « s'enhardissant ». Corrigée dès le début du tirage, cette coquille ne subsiste que dans un nombre infime d'exemplaires. Elle dut échapper, dans un premier temps, à la vigilance du poète et elle ne fut corrigée qu'après le début du tirage. C'est, comme à son habitude, au crayon, que Baudelaire corrigea immédiatement cette coquille sur les premiers exemplaires qu'il eut en main, avant de faire modifier l'impression. Après la fin du tirage, il découvrit successivement sept autres fautes qu'il corrigera également à la main sur quelques exemplaires, au fur et à mesure de ses découvertes.

Notre exemplaire est enrichi d'une correction manuscrite de Baudelaire qui a biffé le « e » et ajouté le « a » en marge, comme il en avait l'habitude dans ses corrections d'épreuves. Cette ultime correction après impression fait écho au mythiques échanges entre le poète et son éditeur au sujet des relectures, des corrections et de la mise en page.
Nous joignons une exceptionnelle lettre autographe signée de Baudelaire relative à ces interminables corrections d'épreuves, adressée à l'éditeur des Fleurs du Mal, Poulet-Malassis, le 30 mars 1857 – deux mois avant la parution de l'ouvrage. Baudelaire surveille avec inquiétude l'avancée de l'impression des premières feuilles et invective son éditeur au sujet des corrections d'épreuves que Poulet-Malassis réclame avec insistance et diplomatie.
Le 30 décembre 1856, Baudelaire avait signé le contrat d'édition pour Les Fleurs du Mal avec Auguste Poulet-Malassis et le beau-frère de celui-ci Eugène de Broise, libraires-éditeurs à Alençon. D'intenses échanges s'ensuivirent avec Poulet-Malassis, qui demandait les corrections d'épreuves que Baudelaire, extrêmement perfectionniste, tardait à lui envoyer. La composition typographique de ce recueil mythique est en effet passée par plusieurs stades : des placards imprimés au recto sans indication de pages (mentionnés dans la lettre jointe à l'ouvrage : « Vous recevrez […] Jeudi, votre 5e [feuille] et vendredi vos placards ! »), puis des épreuves imprimées recto-verso paginées et numérotées afin de former les cahiers de douze feuillets réunis lors du brochage. A chaque étape, les épreuves étaient soigneusement relues par Baudelaire, allant jusqu'à ordonner trois impressions avant d'en ratifier la version définitive. D'une écriture hâtive et fébrile, il confie d'ailleurs dans la lettre à Malassis : « Je veux tout relire encore tant j'ai peur des fautes ». Cette lettre témoigne de la grande nervosité du poète, alors tiraillé entre sa propre impatience et l'exaspération de Malassis – qui se voit quasiment obligé d'imprimer sans attendre les corrections de Baudelaire : « Votre lettre est aussi injuste que folle, et si mercredi, la poste ayant commis un retard, la feuille ne vous était pas arrivée, et si vous tiriez tout de suite, comme vous m'en menacez, vous m'obligeriez simplement à vous rembourser toutes vos dépenses. Cela me serait dur, mais j'y réussirais. » Baudelaire, déjà célèbre dans certains cercles par les poèmes qu'il récitait, ne peut se satisfaire des corrections existantes, et achève sa lettre à Malassis sur un post-scriptum acerbe : « Vérifiez soigneusement les numéros des pages et les chiffres romains. »
Malgré les efforts de Baudelaire, quelques erreurs se glissèrent dans le premier tirage de l'œuvre. La coquille « s'enhardissent » de la page 12, corrigée de la main du poète dans notre exemplaire, était absente des premières feuilles imprimées et n'apparut que sur l'ultime épreuve avant tirage. Comme en attestent les épreuves conservées à La Bibliothèque nationale, seule la dernière est porteuse de la faute, qui fut donc imprimée sur les premiers exemplaires des Fleurs du Mal. Les imprimeurs furent clairement responsables de ces erreurs, et en ajoutèrent sur ce premier cahier de nombreuses autres dont la plupart – sauf celle-ci – furent notifiées avant impression par Baudelaire. Cette faute, insupportable aux yeux du poète, fut découverte après l'impression des premiers exemplaires et incita Baudelaire à interrompre le premier tirage du recueil pour en commander un deuxième.
Les bibliographes annoncent généralement la rectification de « s'enhardissant » comme la seule réalisée en cours de tirage, or notre exemplaire présente d'autres particularités qui n'apparaîtront plus sur la plupart des 1 300 exemplaires de l'édition originale.
Ainsi, au revers de la page de faux-titre, quatre éléments présents dans notre exemplaire vont disparaître successivement pendant le tirage :
– « Les éditeurs » porte un accent sur le « E »,
– une espace sépare « Ils poursuivront » de la virgule qui le suit,
– « toutes contrefaçons et toutes traductions » deviendra par la suite « toutes contrefaçons et traductions »,
– « Les traités » ne prend pas encore de capitale.
Les corrections typographiques n'apparaîtront pas toutes en même temps. Ainsi certains exemplaires présentent toutes ces caractéristiques sauf l'espace avant la virgule, d'autres sont entièrement corrigés mais cette espace est réapparue et une autre espace est ajoutée après « Lois » (ce qui homogénéise la charte typographique de la page).
De même la page de titre présente plusieurs variantes plus ou moins nettes :
– l'absence de point et de parenthèse fermante après « Les tragiques, liv. II » qui caractérise notre exemplaire sera corrigée sur beaucoup d'exemplaires,
– l'espace entre le « 4 » et la virgule de l'adresse de Poulet-Malassis n'est pas encore présente sur ce premier tirage, mais apparaîtra indépendamment de la correction précédente sur d'autres exemplaires,
– enfin l'espacement des caractères du nom de l'éditeur diffère selon les pages de titre. Sur la nôtre, « libraires-éditeurs » s'achève au niveau de la fin du « B » de « Broise ». Tandis que sur d'autres pages de titre il s'achève avant le « B », ou, au contraire au milieu du « R ».
Les autres exemplaires que nous avons pu consulter ne présentent pas une homogénéité des corrections, et l'on constate plusieurs états de la page de titre avec l'une ou plusieurs modifications.
Un recensement complexe de ces modifications reste donc à entreprendre. Notons seulement que les exemplaires sur Hollande que nous avons consultés présentent les caractéristiques typographiques de notre exemplaire à l'exception de la faute à « s'enhardissant ».
Ajoutons à cela que, contrairement aux informations bibliographiques couramment citées, les couvertures ne présentent pas que les différences décrites notamment par Carteret. Certaines des erreurs que nous avons relevées sur la page de titre de notre exemplaire se retrouvent en effet sur quelques couvertures, notamment sur le dit « troisième état » qui semble souvent couvrir les exemplaires de première presse, comme les exemplaires sur Hollande (dont la seule différence avec ce « troisième état » est le prix – 6 fr au lieu de 3 fr – indiqué au dos).
Les couvertures ayant été tirées après le corps de l'ouvrage – si l'on se fie à la correspondance de Baudelaire – il est difficile de tirer des conclusions de cette corrélation entre le premier tirage et le troisième état de la couverture. Mais cela ouvre aux conjectures.
Pourrait-on supposer que la succession des états n'est pas celle que l'on croit et qu'à l'instar du premier cahier, certaines fautes n'ont pas été corrigées durant le tirage mais, au contraire, « introduites » par les ouvriers de l'imprimerie ?
De nombreuses questions restent en suspens à propos de l'impression et de la diffusion de cette œuvre, pourtant majeure dans la littérature française. Ainsi présente-t-on souvent les exemplaires non expurgés comme des exemplaires vendus avant la « ridicule intervention chirurgicale » (pour reprendre l'expression de Baudelaire) opérée par Poulet-Malassis sur les 200 exemplaires encore disponibles. En réalité, la correspondance de Baudelaire, comme celle de Poulet-Malassis, révèle que la vente fut loin d'être aussi fulgurante et que la plupart des exemplaires ont tout simplement été retirés et « mis en lieu sûr » par l'auteur et l'éditeur : « Vite cachez, mais cachez bien toute l'édition ; vous devez avoir 900 exemplaires en feuilles. – Il y en avait encore 100 chez Lanier ; ces messieurs ont paru fort étonnés que je voulusse en sauver 50, je les ai mis en lieu sûr […]. Restent donc 50 pour nourrir le Cerbère Justice » écrit Baudelaire à Poulet-Malassis le 11 juillet 1857. Son éditeur s'est exécuté immédiatement en répartissant son stock chez divers « complices » dont Asselineau auquel il écrit, le 13 juillet : « Baudelaire m'a écrit une lettre à cheval que j'ai reçue hier et dans laquelle il m'annonce la saisie. J'attends à le voir pour le croire, mais à tout événement nous avons pris nos précautions. Les ex. sont en sûreté et profitant de votre bonne volonté nous mettrons aujourd'hui au chemin de fer… une caisse contenant 200 ex. en feuilles que je vous prie de garder jusqu'à mon prochain voyage… »
Nous n'avons pas trouvé de trace du retour à la vente de ces exemplaires mis en réserve. Pourrait-on établir un lien entre ces exemplaires non brochés et les divers tirages de la couverture dont on ne connait pas véritablement la cause – les corrections étant à peu près insignifiantes ? Ces exemplaires ont-ils d'ailleurs tous été remis en vente intacts, malgré le jugement ?
La rareté des exemplaires de l'édition originale des Fleurs du Mal pourrait laisser soupçonner une disparition, au moins partielle, des exemplaires non vendus et soustraits à la censure. Cependant l'importance capitale de cette œuvre en fait, depuis l'origine (une note sur l'exemplaire de Poulet-Malassis révèle que le prix des Hollande a sextuplé en quelques mois à peine), une des pièces bibliophiliques les plus universellement recherchées et, par conséquent, de plus en plus difficile à acquérir.
Les exemplaires de première presse – le nôtre avec la faute corrigée de la main du poète et une lettre autographe – établis dans de prestigieuses reliures signées, constituent, après les quelques Hollande et exemplaires dédicacés, le plus rare et prestigieux état de cette œuvre fondatrice de la poésie moderne.
 

55 000 €

Réf : 65131

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