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Autographe, Edition Originale

Maurice BLANCHOT L'idylle. Première version inédite. Manuscrit autographe complet

Maurice BLANCHOT

L'idylle. Première version inédite. Manuscrit autographe complet

S.n., s.l. S.d (1936), 20 pages in-8 (13,5x21cm).


Première version inédite et complète du manuscrit autographe, rédigé en 1936.
Manuscrit à l'écriture très dense, comportant de nombreuses ratures, corrections et ajouts.
« L'Idylle, texte de jeunesse de Maurice Blanchot publié pour la première fois en 1947 et réédité en 1951 aux côtés du Dernier Mot dans un petit volume intitulé le Ressassement éternel a souvent été qualifié d'"énigme insoluble" […] les circonstances de sa rédaction et de sa publication ajoutent à son mystère : non seulement les premiers manuscrits ont été égarés, mais les expériences dont il témoigne et l'esprit qui a présidé à sa conception restent difficiles à cerner. »
Ces constatations de Vivian Liska (in Blanchot, Cahiers de l'Herne 107) à la suite de celles de Christophe Bident (Maurice Blanchot, partenaire invisible), confèrent à ces deux premiers récits, les plus réédités des œuvres de Blanchot, un statut unique dans son œuvre.
Si le Dernier Mot s'inscrit plus logiquement dans le travail d'écriture de Thomas l'Obscur (qu'il en soit une maturation ou une déconstruction), L'Idylle semble n'avoir « aucun rapport avec les autres fictions de Blanchot, tant passées que futures » d'après Michael Holland, chercheur et professeur de littérature française au St Hugh's College à Oxford, auteur de plusieurs articles sur Maurice Blanchot dont Avant dire : Essais sur Blanchot paru en 2015 chez Hermann.
Objet littéraire énigmatique, même au regard d'une œuvre elle-même complexe, L'Idylle, bien plus qu'une nouvelle de jeunesse, semble tout à la fois une « expérimentation sans lien, voire incompatible, avec la poétique » de l'œuvre à venir (V. Liska) et la naissance d'une écriture du silence.
 
Ainsi au fil de ses parutions, L'Idylle interroge jusqu'à son auteur-même qui dans Après-coup se voit évincer de sa propre création et s'épuise à la cerner, tout en avertissant dès l'introduction de l'inanité de sa tentative.
 
En premier lieu se pose la question du titre même de la nouvelle. « L'Idylle », titre adopté pour la publication en revue en 1947, se voit, dès la première édition en volume en 1951, dominé par un autre titre regroupant les deux nouvelles : Le Ressassement éternel. En 1983, celui-ci se trouve à son tour précédé du titre de la postface : Après-coup.
La question est posée par Blanchot lui-même dans cette postface à travers la désignation distanciée (et soudain enrichie d'un sous-titre) de ce « récit qui semble avoir été nommé – est-ce par antiphrase ? – l'"Idylle" ou le tourment de l'idée heureuse. »
Or ce titre est justement absent du manuscrit (ce n'était pas le cas du Dernier Mot – cf. notre catalogue Grand Palais 2014), ce qui, incontestablement, influe sur le statut du récit et l'intention éditoriale de l'auteur.
Bien entendu, au-delà du titre, c'est le récit même qui résiste à l'analyse, celle des critiques, celle de Blanchot également : « il m'est impossible de savoir […] comment ils se sont écrits et à quelle exigence inconnue ils ont dû répondre ».
Le manuscrit originel apparaît alors comme une source d'information capitale pour tenter de résoudre quelques-unes des énigmes du texte. On y lit l'élaboration des noms de personnages, les différentes étapes de l'écriture : phrases rayées, signalées par des guillemets simples, variantes superposées… on y découvre de longs passages inédits, supprimés directement sur le manuscrit ou intacts jusqu'à la publication. On peut y analyser l'évolution de la pensée auctoriale par la précision grandissante du manuscrit dont les corrections s'amenuisent au fil des pages pour devenir de plus en plus proche de la version publiée. Mais ce qui frappe, à l'instar du manuscrit du Dernier Mot, c'est la présence dans cette version originale d'éléments profondément signifiants dont la suppression contribuera à la constitution d'une œuvre volontairement aporétique.
 
L'écriture de Blanchot procède par élagage. On sait combien de cures d'amaigrissement a subi Thomas l'Obscur pour arriver à sa forme dernière.
Dans le cas de L'Idylle, le retranchement est plus signifiant encore puisque comme le note Blanchot : « en tant que récit, qui dit en s'énonçant tout ce qu'il a à dire […] c'est lui qui serait l'idylle ». Par conséquent, sa substance doit s'amenuiser pour que sa structure essentielle apparaisse, précise Michael Holland.
Les nombreux passages du manuscrit supprimés en 1947 ne sont donc pas les traces d'une version inaboutie, mais la révélation d'un hors champs de l'œuvre définitive.
Ce hors-champ est en grande partie constitué par la relation entre le directeur et sa femme, Louise, qui est justement le point focal de l'œuvre.
Le passé du couple nous est ainsi révélé et interprété par les différents protagonistes.
Le directeur : « à trente ans j'ai connu la joie la plus ( ?) qui puisse être réservée à un homme. J'ai cru mourir d'étouffement… »
Louise : « [une grande partie raturée] le jeune homme l'appelait tous les soirs depuis le jardin, elle refusait de descendre…  »
Piotl : « Eux-mêmes n'ont pas d'enfant. La revanche sur le sort qui les a privés d'origine  ils la prennent en se privant de toute suite. Ils triomphent du malheur qu'ils n'ont pas mérité en s'accablant d'un nouveau malheur dont ils sont responsables... » (p. 7)
Les personnages sont également plus loquaces sur la situation actuelle du couple :
Page 5 : « Une étrange fête, Alexandre Akim, nous nous sommes querellés. [Long passage raturé] Querellés, entendez-vous cela ? » – « Est-ce vrai ? » dit l'étranger en se tournant vers le directeur. – « Mais oui, dit celui-ci, naturellement. Il y a quelque chose d'inexplicable dans la colère ; vous en cherchez la cause et elle est invisible ; on veut en voir les suites et elles sont sans nombre. Heureusement, elle ne peut rien contre la véritable amitié. »
Cet aveu d'« amitié » au lieu de l'amour attendu, par le directeur lui-même, constitue une première réponse aux interrogations d'Akim, réponse incompatible avec le mystère dominant la version imprimé.
Mais le passage le plus signifiant du manuscrit est sans doute celui, central, du gardien relatant sa découverte du couple, peu après leur mariage, à la fois mort et vivant. Plus étoffé que la version imprimé, il est surtout enrichi d'une révélation capitale, redéfinissant le titre même de l'œuvre.
Page 11 : « Je savais que quelque chose d'horrible s'était passé. […]. Je croyais qu'ils étaient morts, tous les deux. […]. Ils étaient assis à l'écart l'un de l'autre, sur des mauvaises chaises ( ?), silencieux et étrangers, au point que n'importe qui les aurait pris pour des vagabonds. […] ils étaient absolument à l'écart, ils ne se souciaient que de ne pas tomber […].
- C'est tout ? demanda Akim. Mais ce que vous décrivez là c'est […] le sentiment qui est au cœur de toute idylle, un véritable bonheur sans parole.
- Vraiment ? dit le surveillant, vous l'appelez ainsi ? Moi je l'appelle le désespoir [suit un adjectif entre guillemet qui semble être « heureux » mais qui a été rayé par Blanchot]. »
Le « désespoir heureux » : ce paradoxe constituait une réponse, dans le récit, à la question du vrai sens de l'Idylle. Ce n'est qu'au prix de la suppression de cette « interprétation » et de tous les éléments narratifs qui y conduisent, que Blanchot peut transformer la question posée dans le récit en question posée par le récit.
 
Car ce que le manuscrit nous révèle, c'est que le récit de Blanchot n'est pas elliptique, structuré par l'absence de sens, mais volontairement lacunaire, élaboré par retraits successifs du signifiant.
 
Dans cette dégradation manifeste du sens interne au récit, on découvre également celle du lien symbolique entre les éléments de l'histoire. Ainsi, l'étranglement d'Akim par un autre détenu, avait dans le récit initial un écho troublant dans la relation du directeur et de sa femme : « Elle veut qu'il vive avec cette main à la gorge qui le serre assez pour le faire mourir. » (p. 7)
D'autres éléments de pathos, supprimés à la publication viennent renforcer le parallèle entre la tragédie silencieuse du couple et celle des détenus : « je te crache à la figure » ; « Le fouet était un instrument d'acier souple et tranchant qui pénétrait sous la chair et en se retirant l'arrachait. ». A l'inverse la complicité du couple au-delà de l'incompréhension trouve un écho, très blanchotien, dans un passage entièrement supprimé. On y découvre une connivence littéraire entre l'étranger et un surveillant « totalement ignorant » qui « surprit Akim occupé à lire un petit livre que celui-ci portait toujours sur soi et qui était écrit dans la langue de son pays ».
 
Parmi les interrogations les plus fortes auxquelles il se trouve confronté dans Après-coup, Blanchot insiste particulièrement sur celle de la relation prophétique de L'Idylle à l'Histoire.
« Lavez-vous bien ; ici nous nous intéressons à l'hygiène.  […] Il s'assit par terre et, tandis que l'eau se mettait à tomber dans la fumée et le bruit, il fut pris de nausée et perdit connaissance. » L'épisode de la douche, qui ouvre presque le récit, induit une lecture post-concentrationnaire tour à tour assumée et rejetée par Blanchot.
La lecture du manuscrit et de ses variations avec le texte imprimé, si elle ne résout pas cette question, la réoriente pourtant : « ici nous nous intéressons à l'hygiène » se révèle être originellement : « ici tout le monde doit être propre » ; « il fut pris de nausée et perdit connaissance » était : « il fut pris d'un vertige qui lui souleva le cœur et lui fit perdre connaissance ». Il n'y a aucune correction dans le manuscrit, la modification est donc contemporaine de la publication et non de la rédaction.
Sur le plan purement littéraire, la figure de l'étranger renvoie, toujours par anticipation, à celle célèbre de Camus (dont d'ailleurs Blanchot sera le premier défenseur) : « Le thème que je reconnais d'abord parce que Camus le rendra familier, est désigné dès les premiers mots : "l'étranger" ». Le manuscrit, ici, ne fait que confirmer l'importance immédiate de cette désignation du personnage.
Michael Holland souligne particulièrement ces éléments qui perturbent la datation du texte originel :
« L'Idylle, tout en faisant signe vers un passé (1936) s'en trouve séparé et de ce fait, désorienté par rapport à lui, marque l'irruption chez Blanchot d'un espace de narration tout à fait original, dans lequel le désastre qui s'annonce en 1936 pour devenir définitif à partir de 1940 trouve dans le récit de fiction non pas un miroir mais un discours qui, par son impossibilité même, prend la mesure de ce que le désastre signifie. »
L'insistance de Blanchot à rejeter sa nouvelle dans un lointain passé, pré-apocalyptique, dès la première parution en 1947, ne laisse pas d'étonner. Il fait de même dans ses dédicaces, précisant l'inactualité de ces récits : « ces pages hélas très anciennes » écrit-il sur les deux exemplaires du Ressassement éternel qu'il adresse à son frère et sa belle-sœur, ainsi qu'à sa sœur et à sa mère (voir notre catalogue de mars 2015) – notons par ailleurs le très énigmatique « hélas ».
Mais c'est en 1983, dans Après-coup, qu'insistant encore longuement sur cette ancienneté « ces deux récits anciens, si anciens (une cinquantaine d'année) » ; Blanchot offre une troublante mise en perspective de cette insistance : « récit d'avant Auschwitz. A quelque date qu'il puisse être écrit, tout récit désormais sera d'avant Auschwitz. »
Ainsi, l'évocation des camps dans une nouvelle ne peut-elle être que prophétique car : « il ne peut y avoir de récit-fiction d'Auschwitz ».
Dès lors, quelle meilleure façon de se soustraire à cette impossibilité que d'écrire avant l'Histoire ? Ce qui ne peut plus être dit peut encore être prédit.
Il est tentant de chercher dans le récit même de l'Idylle la trace de cette approche par le passé du présent impossible. Le passage chez le libraire est à cet égard troublant ; celui-ci propose à Akim, « un livre très ancien qui retraçait l'histoire de toute la contrée ». Akim, qui aurait souhaité un ouvrage « plus récent », tire cependant  « de sa lecture plus de profit qu'il n'en avait espéré ». Si l'on ajoute à cela que dès la première visite le « libraire » de la version finale est, dans le manuscrit, « une boutique de livres anciens » et que dans le passage du prêt du livre rare, Blanchot a supprimé de la version publiée : « car [le livre] semblait s'intéresser à une époque depuis longtemps révolue », l'hypothèse d'une datation fictive de la part de l'auteur prend tout son sens.
 
Si elle était avérée, cette supercherie apporterait bien entendu un éclairage totalement neuf sur cette nouvelle et sur l'œuvre entière de Blanchot.
 
Cependant, il ne nous paraît pas que le manuscrit puisse, sinon par ces petits détails, être daté d'après la guerre. Le manuscrit correspond en grande partie, par son format, la qualité du papier et la densité d'écriture de Blanchot, au manuscrit du Dernier Mot que nous proposions sur un catalogue précédent (or le Dernier Mot semble être daté avec certitude). D'autre part, il n'est pas daté, or si la date – 1936 – était un élément de fiction, il est probable que Maurice Blanchot l'eut apposée dès le manuscrit.
Une étude approfondie de ces documents, de l'écriture de Blanchot et du papier, permettrait toutefois de répondre définitivement à cette question qui participe au mystère du plus énigmatique écrit de Maurice Blanchot.

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Réf : 47101

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