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Autographe, Edition Originale

Donatien Alphonse François, Marquis de SADE La fête de l'amitié. Manuscrit autographe complet et unique.

40 000 €

Réf : 58601

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Donatien Alphonse François, Marquis de SADE

La fête de l'amitié. Manuscrit autographe complet et unique.

S.n. , s.l. [1810-1812], in-8 (18,5x23,5cm), (1f.) 2 f. découpés (78f.), broché.


Manuscrit original complet de la dernière pièce du Marquis de Sade, entièrement réglé de rouge, et composé 78 feuillets recto-verso rédigés sur 12 lignes. Ce manuscrit, de même que les autres pièces conservées du Marquis, a été dicté à un copiste et corrigé par Sade lui-même. Deux pages en début de cahier ont été découpées avant rédaction.

Cahier broché sous couverture rose de l’époque, présentant quelques manques en tête et en queue du dos. Titre à la plume sur le premier plat : 5/ La Fête de l’amitié encadrant un prologue et un vaudeville ayant pour titre Hommage à la reconnaissance le tout formant deux actes mêlés de prose de vers et de vaudeville. Ce titre est incorrect comme l’indique la première page sur laquelle apparaît le titre suivant : La Fête de l’amitié. Prologue. Encadrant l’Hommage à la reconnaissance. Vaudeville en un acte. Au verso du premier plat de couverture, une mention manuscrite de la main du Marquis, indique la place prévue pour cette pièce au sein de ses œuvres.

Plusieurs corrections, annotations et biffures manuscrites de la main de Sade dont une auto-citation placée en exergue du vaudeville : « On est des dieux l’image la belle quand on travaille au bonheur des humains. Hommage à la reconnaissance. »

« Cette pièce, écrite par le Marquis en l’honneur du directeur de l’asile de Charenton M. de Coulmier, fut représentée sur le théâtre de Charenton entre 1810 et 1812, un an environ avant l’interdiction définitive de ces spectacles, le 6 mai 1813. Cette œuvre tardive, est la seule de toute la production dramatique de Sade à Charenton à nous avoir été conservée. »

Preuve historique – malgré les inévitables tensions – du réel respect de Sade envers le directeur de sa dernière demeure, dont la pièce fait l’apologie sous le limpide anagramme de Meilcour, La Fête de l’amitié est également par son sujet même une source précieuse d’informations sur les progrès de la médecine aliéniste se défaisant de l’attirail répressif au profit de nouvelles méthodes thérapeutiques comme cet art dramatique auquel Sade contribua largement et rend ici un hommage unique.

La pièce présente la particularité toute sadienne de ne pas traiter la folie sous la forme péjorative d’une maladie, mais au contraire à travers la figure du Dieu Momus, personnage central et bienveillant de ce vaudeville atypique.

En effet, si la fête décrite est une célébration du directeur d’un hospice similaire à celui de Charenton mais sis dans une antique Athènes, le principal laudateur est le dieu de la folie lui-même, dont la présence renverse complètement la relation entre sains et malades, à l’image des interprètes du spectacle dont on ne pouvait distinguer les comédiens professionnels et les pensionnaires enrôlés.

Ce spectacle complet, chanté et dansé, est composé de deux pièces, un prologue-épilogue : La Fête de l’amitié, suivi d’un vaudeville : Hommage à la reconnaissance, interprété par les personnages du prologue, l’ensemble étant présenté lors de la « fête de M. le directeur ». Chaque strate dramatique est une variante allégorique de la situation réelle et nul doute que les interprètes, tout en pénétrant plus avant dans la fiction, jouaient toujours leur propre rôle.

Œuvre d’un écrivain accompli et maitrisant parfaitement son propos et tous les ressorts dramatiques et narratifs, cette apparente bleuette – par son appartenance au genre littéraire très convenu et très codifié de l’hommage – contient en réalité les éléments de subversion chers au divin marquis.

Et c’est un homme auquel on a très régulièrement confisqué et détruit les textes saisis dans sa chambre de Charenton qui offre alors au regard de tous le spectacle faussement innocent de la folie victorieuse dans un récit mettant en scène un véritable harem de femmes, discrètement nommé dans la distribution des rôles « troupe de jeunes filles du village ». Ce terme remplace d’ailleurs la mention rayée « du même âge » qui était peut-être encore trop explicite. Ces mêmes jeunes filles joueront les « nymphes » de la seconde pièce imbriquée dans la première.

De même, les dialogues sont parsemés d’ambivalences textuelles qui selon le jeu de scène ne pouvaient échapper au public de l’époque, lequel connaissait bien le marquis et sa réputation :

« Du zèle ardent que vous faites paraître, / à votre exemple ici nous sommes pénétrés, / Mais il excite en nous le désir de connaître » ; « si le métier  n’a pas grande prétention, / Il est au moins fort agréable / Et le plus souvent préférable / à toute autre occupation. »

Les jeux de mots mis à part, cette pièce constitue surtout l’un des derniers et très rares témoignages personnels du Marquis qui fut dans la plupart de ses écrits aussi discret sur sa personne qu’expansif sur le monde qui l’entoure. Or, aux côtés du transparent Meilcour, l’auteur se décrit lui-même sous les traits du personnage principal de sa comédie : Blinval.

« En effet, l’histoire de cette troupe itinérante, constituée de comédiens dirigés par un homme de qualité comme Blinval, dont la passion pour la scène l’a amené à prendre la route comme un bohème, rappelle en tous points la jeunesse tumultueuse du marquis, parti en 1772 avec sa troupe sur les routes de Provence, au grand scandale de sa belle-mère. » (S. Dangeville)

On remarquera à ce propos cette récurrence du nom composé à partir du phonème « val » souvent attaché à des personnages plus ou moins autobiographiques (Belval dans L’Union des arts, Valcour dans Aline et Valcour…)

Le plus intéressant dans ce personnage n’étant d’ailleurs pas la référence au passé de Sade mais bel et bien à sa situation présente à Charenton.

En décidant de demeurer libre auprès de Meilcour, Blinval dévoile un Marquis dont la présence à Charenton est pour la première fois vécue, non comme un enfermement injuste dans l’attente impatiente d’une libération, mais comme un achèvement positif et librement choisi.

Et c’est toute la pièce qui s’enrichit alors de ce sens caché derrière l’apparente gratuité du spectacle chanté : les allusions à la toute-puissance de cette figure paternelle : « ah ! mon cher enfant, tu lui dois bien plus qu’à ta mère » ; le secret non dévoilé mais partagé avec Meilcour ou la structure même de cette pièce à tiroir qui consiste en une mise en abyme du jeu de l’acteur se cachant derrière des masques successifs : Blinval, joué par Sade lui-même, se faisant passer pour un comédien, puis mettant en scène L’Hommage à la reconnaissance tout en se soustrayant aux regards jusqu’à la révélation finale.

L’unique pièce composée à Charenton et délibérément sauvegardée par le Marquis se révèle alors être un testament littéraire présentant au crépuscule de sa vie, un Sade apaisé et réconcilié avec lui-même et sa divine folie par l’action de sa première et dernière passion : le théâtre.

40 000 €

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