
Paris, 1946. Six dessins originaux, environ 20 x 26 cm chacun.
Ensemble de six dessins érotiques originaux de Paul-Émile Bécat, tous signés « P. Emile Bécat », exécutés au crayon avec rehauts d’aquarelle et de crayon blanc sur papier crème de type Canson.
Les six feuilles sont conservées libres dans une enveloppe de percaline lie-de-vin doublée intérieurement de papier gris. Superbe état de conservation.
Ces compositions ont été exécutées pour Le Doctorat impromptu d’Andréa de Nerciat, publié à Paris en 1946 par les Éditions Eryx avec les illustrations de Bécat. Elles ne furent cependant pas retenues pour l’ouvrage et demeurèrent à l’état de dessins originaux.
Cette distinction est essentielle. L’édition Eryx comporte 8 compositions hors texte et 10 compositions dans le texte, mises en couleurs au pochoir. Son tirage fut limité à 695 exemplaires numérotés auxquels s’ajoutèrent 50 exemplaires hors commerce. Certains exemplaires de luxe reçurent en outre une suite de huit « compositions refusées », mais celles-ci avaient bel et bien été gravées. Les six dessins présents appartiennent à un autre stade du travail : écartés avant le passage à l’estampe, ils ne semblent jamais avoir quitté l’état de feuille originale.
La survivance d’autres dessins inutilisés confirme que Bécat avait conçu pour cette édition un ensemble sensiblement plus vaste que le programme finalement retenu. Un exemplaire hors commerce du Doctorat impromptu est ainsi connu avec deux dessins originaux en couleurs explicitement décrits comme non utilisés pour l’édition. Le travail préparatoire se divisait donc au moins entre les images adoptées, les compositions refusées mais néanmoins gravées, et des dessins abandonnés avant toute traduction imprimée.
C’est précisément à ce dernier groupe qu’appartiennent les présentes feuilles. Leur intérêt tient moins à ce qu’elles auraient pu devenir qu’à ce qu’elles sont restées. Le dessin conserve la souplesse du crayon, les reprises de l’aquarelle, les lumières posées au crayon blanc et cette liberté de modelé que le passage à la gravure puis au pochoir aurait nécessairement transposée. Elles permettent de remonter en amont du livre achevé, au moment où l’image existe encore dans la main de l’artiste.
Bécat est alors à un tournant particulièrement fécond de sa carrière. Né en 1885, formé à la peinture et longtemps actif comme portraitiste et artiste voyageur, il avait progressivement fait de l’illustration galante et érotique l’un de ses domaines privilégiés. Dès les années 1930, la pointe sèche et le dessin lui permettent de développer cette manière immédiatement reconnaissable, faite de précision du trait, d’élégance décorative et d’un érotisme volontiers explicite sans abandonner le raffinement bibliophilique.
Le Doctorat impromptu lui offrait un terrain particulièrement naturel. Le conte libertin de Nerciat raconte l’initiation d’Erosie, jeune femme élevée au couvent et d’abord peu disposée à goûter les hommes, qu’une rencontre avec un jeune vicomte détourne rapidement de ses préventions. Autour d’elle, désir, jalousie, surveillance et chantage organisent cette mécanique légère et cruelle caractéristique du roman libertin de la fin du XVIIIe siècle.
L’édition Eryx transpose ce libertinage dans la bibliophilie de l’après-guerre. Le texte ancien devient livre de luxe, les scènes de Bécat passent du dessin à la reproduction puis à la couleur au pochoir, tandis que suites et états réservés différencient les exemplaires. Dans cette chaîne soigneusement organisée, les six présentes feuilles occupent paradoxalement la place la plus proche de la création : elles précèdent précisément le moment où l’image devient illustration.
Rare ensemble de six dessins originaux signés pour Le Doctorat impromptu, demeurés hors du programme gravé de l’édition Eryx de 1946. Ni illustrations publiées, ni « compositions refusées » reproduites en suite, ils conservent le travail de Bécat à son premier état : celui où, avant le livre, l’image n’existe encore qu’en un seul exemplaire.