Très bel exemplaire.
Edition originale, un des 35 exemplaires numérotés sur hollande, tirage de tête.
Reliure en demi maroquin vert printemps, dos à cinq nerfs, date dorée en queue, plats de papier marbré, gardes et contreplats de papier vert olive, couvertures et dos légèrement défraîchi conservés, tête dorée, élégante reliure signée de P. Goy & C. Vilaine.
Très bel exemplaire parfaitement établi.
Edition de l'année de l'originale, un des 950 exemplaires numérotés sur vélin labeur.
Reliure de l'éditeur d'après la maquette originale de Paul Bonet.
Bel exemplaire complet de son étui en cartonnage souple.
Edition originale très rare ornée en frontispice de chaque volume d'une gravure sur cuivre par Tardieu d'après Monnet
Reliures en demi toile chagrinée noire, dos lisses ornés de filets à froid, plats de papier marbré comportant de légers frottements, tranches mouchetées, modeste reliure de la fin du XIXe.
Quelques piqûres et quelques mouillures claires en fin du second volume.
L'ouvrage consiste en un essai aux préoccupations étonnamment proches des nôtres, quoique dans un contexte tout différent.
Fondateur de la pensée écologique française, l'ingénieur des Ponts et Chaussées François-Antoine Rauch (1762-1837) montra la relation directe entre la déforestation et l'augmentation des intempéries, lançant un appel à la sauvegarde de la nature dans l'intérêt de l'espèce humaine. Il dénonçait les déboisements massifs entrepris sur les différents continents, et militait pour la reconstitution et la protection des espaces boisés.
Dans la même logique, il se fit le défenseur des espaces humides et marécageux, assainir sans les assécher. Le premier volume est quasiment entièrement consacré aux risques et aux déséquilibres des déboisements ; le deuxième s'interroge sur la régénération des fleuves, des ruisseaux, ainsi que sur l'assèchement des marais, l'ensemble prônant ainsi un retour à "l'harmonie primordiale".
Edition originale très rare de ce profus mémoire sur l'"Affaire Pierre Calvet" qui agita le Canada à l'issue de la Guerre d'indépendance américaine.
Sabin 21044. Au CCF, exemplaires seulement la BnF et Rouen.
Quelques petites rousseurs, une claire mouillure en marge droite de la première garde.
Reliure en demi basane verte à coins, dos lisse légèrement assombri orné de filets dorés, encadrement d'un filet doré sur les plats de papier marbré, cartouche portant un chiffre couronné et doré au centre des plats. coins émoussés, quelques accrocs sur les coupes, ex-libris encollé sur un contreplat, tranches citron, reliure du XIXe.
Parallèle à l'ouvrage The Case of Peter Du Calvet (784), destiné à la justice anglaise, il s'agit d'un exposé à destination des Canadiens.
Le négociant Pierre Du Calvet (1735-1786), protestant français, dut se fixer en Nouvelle-France en 1758 ; il y demeura après l'annexion britannique et exerça une action politique persévérante en faveur des habitants de la province de Québec, à la fois pour obtenir une constitution et pour exiger une justice équitable en faveur des anciens sujets français.
L'objet de notre texte se concentre sur ses différends avec le gouverneur Frederick Haldimand (1718-1791) et son bref emprisonnement.
Précurseur du long combat mené par les citoyens de la Province de Québec pour la reconnaissance de leurs droits politiques à l'intérieur de l'Empire britannique,
Du Calvet n'en resta pas moins un grand oublié de l'histoire québécoise.
Ses actions et jusqu'à son nom furent largement ignorées par la postérité jusqu'à la réédition de son mémoire en 2002.
Nouvelle édition, en partie originale car revue et augmentée, un des exemplaires du service de presse.
Bel exemplaire complet de sa bande annonce : "L'adolescence le bonheur et le suicide".
Envoi autographe signé de Gabriel Matzneff à son ami le critique littéraire belge Pol Vandromme : "Pour Pol Vandromme, ce livre stoïcien et chrétien, en amical hommage. Gabriel Matzneff."
Rare. Nous n'avons rien trouvé concernant cet ouvrage, absent des bibliothèques.
Reliure en demi veau Romantique rouge à coins, dos lisse avec 4 fers et roulettes. Rousseurs. Un coin de la bordure de la page de titre renforcé.
Sous la forme d'un conte et d'un dialogue entre un père et un fils, l'auteur examine la noblesse du caractère d'un bon négociant, comment doit-il être un bon père pour son fils et un bon père pour sa patrie. Nombreux passages sur l'importance de l'agriculture. « Ce travail lui donna des vues très étendues sur les rapports du commerce, avec le bonheur particulier & général des hommes? ».
Edition originale de la traduction française pour laquelle il n'a pas été tiré de grands papiers, un des exemplaires du service de presse.
Quelques petites taches sur le dos très légèrement frotté, légères rousseurs affectant principalement les gardes.
Très rare envoi autographe signé d'Otto Rank : "à Monsieur Sébastien Charlety en hommage de ma très haute estime. Otto Rank.
Lettre autographe de George Sand adressée à Gustave Flaubert datée du 21 décembre 1867, 8 pages sur deux feuillets rempliés. Publiée dans la Correspondance, XX, pp. 642-645.
Issue d'une des plus belles correspondances littéraires du siècle, cette lettre écrite à la veille de Noël 1867 est un sublime témoignage de la franche amitié entre George Sand, le « vieux troubadour » et Gustave Flaubert baptisé « cul de plomb » après avoir décliné son invitation à Nohant pour achever l'Éducation sentimentale.
Malgré les dix-sept ans qui les séparent, leurs tempéraments opposés et leur conception de la vie divergentes, le lecteur est saisi par la tendresse mais aussi l'étonnante verdeur de cette longue confidence de George Sand. Alors au faîte de sa gloire littéraire et à la joie de son théâtre de Nohant, Sand s'entretient longuement de politique, de leur séparation, de leur conception du travail d'écrivain, de la vie même.
Dans cette lettre à l'allure de « courant de conscience », Sand couche naturellement et librement sur le papier huit pages de conversations avec l'écrivain, qui ne fait que de trop rares et brèves apparitions à Nohant : « Mais comme je bavarde avec toi ! Est-ce que tout ça t'amuse' Je le voudrais pour qu'une lettre de causerie te remplaçât un de nos soupers que je regrette aussi, moi, et qui seraient si bons ici avec toi, si tu n'étais un cul de plomb qui ne te laisses pas entraîner, à la vie pour la vie », tandis que chez Flaubert, alors plongé dans l'écriture de l'Éducation sentimentale, la devise est plutôt l'art pour l'art. Cette fin d'année 1867 est marquée par la douleur de la disparition d'un « presque frère », François Rollinat, que Sand apaise par ses lettres à Flaubert et les soirées animées à Nohant : « Voilà comme je vis depuis 15 jours que je ne travaille plus. [...] Ah' ! quand on est en vacances, comme le travail, la logique, la raison semblent d'étranges balançoires ». Sand lui reprochait volontiers de travailler sans relâche dans sa robe de chambre, « l'ennemi de la liberté », alors qu'elle, courait par monts et par vaux, de Cannes à la Normandie, jusque sur les terres de l'écrivain qu'elle avait visitées en septembre. À cette occasion, Sand avait relu avec bonheur Salammbô dont quelques lignes se retrouvent dans Mademoiselle Merquem, sa dernière œuvre en date.
Leur amitié littéraire et virile, comme celle avec Rollinat, défia toute la vieille garde des littérateurs qui affirmaient l'impossibilité d'une liaison sincère entre l'homme et la femme. Sand, qu'on a tour à tour qualifié de lesbienne, de nymphomane, rendue célèbre pour ses amours retentissantes et si diverses, entame une longue et riche correspondance avec Flaubert pour qui elle est une mère et un vieil ami. Le « vieux troubadour » ou « vieux cheval » ne se considérait même plus comme femme, mais comme un être quasi-homme, rappelant ses travestissements de jeunesse et son formidable mépris des barrières entre les sexes. À Flaubert qui avait écrit à celle qu'on surnomma la « papesse des gynandres » : « Pour mieux tirer à l'arc, elles s'écrasaient le téton », en évoquant les Amazones ; Sand répond « Je ne suis pas dans ton idée qu'il faille supprimer le sein pour tirer l'arc. J'ai une croyance tout à fait contraire pour mon usage et que je crois bonne pour beaucoup d'autres, probablement pour le grand nombre ». Guerrière certes, mais guerrière pacifique, Sand a volontiers adopté les usages d'un monde de lettrés misogynes, tout en ayant su rester elle-même : « Je crois que l'artiste doit vivre dans sa nature le plus possible. À celui qui aime la lutte, la guerre ; à celui qui aime les femmes, l'amour ; au vieux qui, comme moi, aime la nature, le voyage et les fleurs, les roches, les grands paysages, les enfants aussi, la famille, tout ce qui émeut, tout ce qui combat l'anémie morale. » ajoute-t-elle ensuite. Belle évocation de sa « période verte », ce passage consacre le temps des romans champêtres de Sand, qui, assagie par les années, s'était tout entière livrée à la contemplation pour l'écriture de François le Champi, La Mare au diable, et La Petite Fadette. Mais son amour de la nature ne l'a pas empêché de conquérir sur les hommes le terrain du langage, elle qui encore à 63 ans « scandalisait les inscandalisables », selon les frères Goncourt.
Fidèle à ses idéaux socialistes, elle laisse libre cours à son aversion pour Adolphe Thiers « Étroniforme est le mot sublime qui classe cette espèce de végétaux merdoïdes [...] Oui, tu feras bien de disséquer cette âme en baudruche et ce talent en toile d'araignée ! ». Devenu le chef de l'opposition libérale au Second Empire de Napoléon III, Thiers venait de prononcer un discours affirmant la défense des États pontificaux et faisant volte-face à Garibaldi, futur père de la patrie italienne. On avait en effet bien ri à Nohant de la logorrhée de Flaubert, envoyée trois jours auparavant : « Rugissons contre Monsieur Thiers ! Peut-on voir un plus triomphant imbécile, un croûtard plus abject, un plus étroniforme bourgeois ! » écrit-il. Sand renchérit sur le même ton et décline le néologisme : « Maurice trouve ta lettre si belle [...] Il n'oubliera pas étroniforme, qui le charme, étronoïde, étronifère ». Dans ce contexte d'intense polémique, Sand met également en garde Flaubert, qui court le risque de reléguer son œuvre au statut de roman de circonstance en incluant sa critique de Thiers dans l'Éducation sentimentale : « Malheureusement quand ton livre arrivera, il sera peut-être claqué et peu dangereux, car de tels hommes ne laissent rien après eux. Mais peut-être aussi sera-t-il au pouvoir. On peut s'attendre à tout. Alors, la leçon sera bonne. »
Leurs aspirations socialistes et leur anticléricalisme ne les empêchent pas d'entretenir des avis très divergents sur l'essence du roman et le travail de l'écrivain : « l'artiste est un instrument dont tout doit jouer avant qu'il joue des autres. Mais tout cela n'est peut-être pas applicable à un esprit de ta sorte qui a beaucoup acquis et qui n'a plus qu'à digérer. ». Le détachement de Flaubert, son cynisme affiché pour ses personnages à l'instar de Madame Bovary, sévèrement jugée par le narrateur, se distinguait nettement du rapport affectif et personnel de Sand à l'écriture. Cette attitude presque schizophrène de Flaubert la confond volontiers et lui fait craindre pour sa santé mentale : « Je n'insisterais que sur un point, c'est que l'être physique est nécessaire à l'être moral et que je crains pour toi un jour ou l'autre une détérioration de la santé qui te forcerait à suspendre ton travail et à le laisser refroidir. » Flaubert ne se trahit et ne se révèle jamais à travers ses romans, au contraire de Sand, qui se jette corps et âme dans ses œuvres : « Je crois que l'art a besoin d'une palette toujours débordante de tons doux ou violents suivant le sujet du tableau ».
Alors que Flaubert, besogneux et pétri d'angoisses littéraires, est reclus à Croisset, Sand jouit cependant de sa liberté à Nohant, lieu de félicité familiale mais aussi de vie égalitaire où elle « [s']amuse à en être éreintée ». Elle troque volontiers les séances de tête à tête avec l'encrier pour les planches du petit théâtre à Nohant : « Ces pièces-là durent jusqu'à 2 h du matin et on est fou en sortant. On soupe jusqu'à 5 h. Il y a représentation deux fois par semaine et le reste du temps, on fait des trucs, et la pièce (qui) continue avec les mêmes personnages, traversant les aventures les plus inouïes. Le public se compose de 8 ou 10 jeunes gens, mes trois petits-neveux et les fils de mes vieux amis. Ils se passionnent jusqu'à hurler. ». Persévérante, elle incite une nouvelle fois son « cul de plomb » à sortir de sa retraite forcée : « Je suis sûre que tu t'amuserais follement aussi, car il y a, dans ces improvisations, une verve et un laisser-aller splendides, et les personnages sculptés par Maurice ont l'air d'être vivants, d'une vie burlesque, à la fois réelle et impossible ; cela ressemble à un rêve. » Deux ans plus tard, Flaubert fera une entrée fracassante à Nohant et Sand en sortira « courbaturée » après des jours de fête. Le Normand fit la lecture intégrale de son Saint-Antoine et dansa la cachucha habillé en femme !
Exceptionnelles pages de George Sand en communion spirituelle avec son illustre confrère ; Flaubert fut l'un des seuls à qui elle s'adressa aussi librement, crûment, mais tendrement, scellant par les mots sa profonde amitié avec le « grand artiste [...] du petit nombre de ceux qui sont des hommes » (lettre à Armand Barbès, 12 octobre 1867).
Notre lettre est présentée sous une chemise en demi maroquin noir, plats de papier caillouté, contreplat d'agneau velours noir et en regard garde de plexiglas protégeant la lettre, étui bordé de maroquin noir, plats de papier caillouté, ensemble signé P. Goy & C. Vilaine.
Lettre autographe très probablement inédite signée adressée par Juliette Drouet à son amant Victor Hugo, quatre pages rédigées à l'encre noire sur un bifeuillet.
Pliures transversales inhérentes à l'envoi, pli unifiant les deux feuillets renforcé d'une fine bande de papier encollé à peine perceptible.
Absente de la très complète édition en ligne des lettres de Juliette Drouet à Hugo du Centre d'Études et de Recherche Éditer/Interpréter (Université de Rouen-Normandie).
Très belle déclaration d'amour et d'admiration de Juliette Drouet, le lendemain de la plaidoirie d'Hugo défendant son fils. Charles Hugo avait été traduit devant les assises, et condamné malgré l'intervention de son père, pour avoir vaillament fustigé la mise à mort de Claude Montcharmont.
Le grand amour d'Hugo adresse cette lettre en des temps troublés, où père et fils se retrouvent au devant de la scène pour leurs prises de position abolitionnistes. Scandalisé par l'exécution de Montcharmont, un braconnier du Morvan de 29 ans, Charles Hugo fait paraître un article dans l'Evénement qui lui vaut un procès pour atteinte au respect dû aux lois : la Seconde république n'existe déjà plus que de nom, et la presse fait l'objet d'attaques fréquentes, encore aggravées ici par la notoriété des Hugo. Victor tient à défendre son fils et livre un plaidoyer resté célèbre : "Mon fils, tu reçois aujourd'hui un grand honneur, tu as été jugé digne de combattre, de souffrir peut-être, pour la sainte cause de la vérité. A dater d'aujourd'hui, tu entres dans la véritable vie virile de notre temps, c'est-à-dire dans la lutte pour le juste et pour le vrai. Sois fier, toi qui n'est qu'un simple soldat de l'idée humaine et démocratique, tu es assis sur ce banc où s'est assis Béranger, où s'est assis Lamennais !"
Malgré l'historique intervention d'Hugo, Charles est condamné à six mois de prison et 50 francs d'amende - une décision que fustige amèrement Juliette, submergée par l'angoisse à l'issue du procès : "J'ai beau savoir que cet arrêt inique est non seulement supporté avec courage par vous tous, mais accepté avec orgueil et avec joie par le plus directement intéressé dans cette malheureuse condamnation, la fatigue et l'inquiétude que j'ai éprouvé pendant toute cette interminable journée d'hier m'a laissée une douloureuse courbature physique et morale".
12 juin jeudi matin 7h [1851]
Bonjour, mon pauvre sublime petit homme, bonjour, mon pauvre généreux homme. [...] Pourvu que l'émotion et la fatigue ne t'aient pas fait mal. [...] Jusque là ma pensée sera si souvent de la crainte à l'espérance et de l'espérance à la crainte avec cela que j'ai la tête brisée depuis hier. J'ai beau savoir que cet arrêt inique est non seulement supporté avec courage par vous tous, mais accepté avec orgueil et avec joie par le plus directement intéressé dans cette malheureuse condamnation, la fatigue et l'inquiétude que j'ai éprouvé pendant toute cette interminable journée d'hier m'a laissée une douloureuse courbature physique et morale dont je n'ai pas encore pu triompher jusqu'à présent. Je compte beaucoup sur la salutaire réaction que me causera le bonheur de te savoir pas plus satisfait que ce jour dernier [...] Ce que je sais ce qui ne s'embrouille jamais dans mon cœur c'est que je t'aime à l'adoration et que tu es le soleil de mon âme et la joie de mes yeux.
Superbe lettre, témoignage du désir commun de justice qui habitaient les plus célèbres amants du XIXe siècle.
Dessin et lavis original de Jules Laurens. Date et lieu écrits au crayon noir par l'artiste en haut à droite de l'oeuvre (novembre 1848). Oeuvre présentée dans un cadre ancien en bois verni et doré, sous marie-louise. Une légère tache noire dans l'angle supérieur gauche du cadre et un infime accident dans l'angle inférieur droit du cadre, sinon bel état de conservation.
Jules Joseph Auguste Laurens est un peintre et lithographe, né à Carpentras le 27 juillet 1825, mort à Saint-Didier le 5 mai 1901. Issu d'une famille de cinq enfants, Jules rejoint, à l'âge de douze ans, son frère aîné, Jean-Joseph Bonaventure Laurens, installé à Montpellier. Il s'inscrit à l'école des Beaux-arts de cette ville, aux côtés d'Alexandre Cabanel et côtoie le milieu artistique de son frère. De 1842 à 1846, il séjourne à Paris, pour parfaire sa formation, à l'école des beaux-arts où il est admis 5ème sur 600, et dans l'atelier du peintre Paul Delaroche. De 1846 à 1849, il parcoure, en tant que dessinateur, la Turquie et la Perse, dans le cadre d'une mission scientifique dirigée par le géographe Hommaire de Hell. Malgré l'échec de la mission (mort de Hommaire de Hell, non rémunération des travaux), Jules ramène plusieurs centaines de croquis, dessins et aquarelles qui vont servir son activité artistique. Ces cartables sont aujourd'hui conservés à l'école des Beaux-Arts de Paris, à Avignon et à Carpentras (Bibliothèque Inguimbertine et musées). De ce voyage, il rapporte aussi des œuvres de l'art qajar par la suite données au Musée Calvet à Avignon et au musée de Carpentras.Après son retour dans le Comtat, il apporte sa contribution au développement de la bibliothèque-musée de Carpentras. Collectionneur, il fait don à cette institution de nombreuses œuvres notables d'artistes contemporains reconnus (Victor Hugo, Ingres, Auguste Bonheur, Eugène Cicéri, Gustave Doré etc.). Connu pour ses tableaux orientalistes ou ses portraits de paysans (auvergnats, comtadins), c'est dans l'art du paysage qu'il se révèle, tenant de Corot et de l'école de Barbizon.
Nouvelle édition en partie originale et publiée anonymement (cf. Sabin 20 288.)
Exemplaire dérelié et présenté sous couverture de papier marbré moderne.
L'abbé Louis Genty (1743-1817) est plus connu pour son Influence de la découverte de l'Amérique sur le bonheur du genre humain, parue en 1788, mais cette Dissertation en forme comme la première mouture.
Lettre autographe signée de Georges Bataille à Denise Rollin, 40 lignes à l'encre noire, 2 pages sur un feuillet.
La relation entre Georges Bataille et Denise Rollin a duré de l'automne 1939 à l'automne 1943 et a laissé une courte mais passionnante correspondance. La présente lettre date des débuts de leur histoire mais laisse déjà apparaître les angoisses de Bataille : « Peut-être ai-je été trop heureux avec vous pendant quelques mois, même alors que l'angoisse ne tardait jamais beaucoup à interrompre, au moins pour un temps, un bonheur qui était presqu'un défi. »
Amoureux passionné, il passe de l'exaltation au doute le plus profond et offre même à sa maîtresse une potentielle échappatoire à leur relation : « Si vous ne pouvez plus supporter, me supporter, je vous en supplie, ne vous trompez plus : dites que c'est moi, et non une maladresse que j'aurais pu éviter, qui est facilement réparable. » Il se propose en tant que victime sacrificielle sur l'autel de leur amour plutôt que de vivre une histoire fade et sans saveur : « Comprenez-moi quand je vous dis que je ne voudrais pas que tout s'enlise, que je veux bien accepter la souffrance pour moi, plutôt que pour vous et moi une sorte de médiocrité infirme. »
Plus tôt dans la lettre, c'est à l'humour qu'il a recourt pour la distraire de ses préoccupations : « J'ose à peine vous faire rire en vous racontant que je maigris, que mes pantalons tombent quelquefois, parce que je n'ai pas encore pris l'habitude de serrer la ceinture au nouveau cran. » Puis, il se refait suppliant : « je vous écris comme un aveugle, parce qu'en me parlant comme vous le faites quand vous me quittez ou quand vous me téléphonez, vous me faites tomber dans une obscurité presqu'insupportable. » Avant de tenter de se raisonner lui-même : « il y a des moments où j'ai honte de douter de vous et d'avoir peur, ou encore de perdre stupidement la tête. » Enfin, cerné par toutes ses incertitudes d'homme amoureux, Bataille tente de trouver du répit dans l'évocation de la famille qu'il a recomposée avec Denise et son fils Jean (alias Bepsy) : « Si vous m'écrivez, dites-moi comment est Bepsy, c'est la seule chose, peut-être, que vous pouvez me dire qui ne touche plus en moi un point douloureux. »
« Je t'admire et ne suis que ton miroir fidèle
Car je m'abîme en toi pour t'aimer un peu mieux ;
Je rêve ta beauté, je me confonds en elle,
Et j'ai fait de mes yeux le miroir de tes yeux
Je t'adore, et mon cœur est le profond miroir
Où ton humeur d'avril se reflète sans cesse,
Tout entier, il s'éclaire à tes moments d'espoir
Et se meurt lentement à ta moindre tristesse
Ô toujours la plus douce ô blonde entre les blondes,
Je t'adore, et mon corps est l'amoureux miroir
Où tu verras tes seins et tes hanches profondes,
Ces seins pâles qui sont si lumineux le soir !
Penche-toi, tu verras ton miroir tour à tour
Pâlir ou te sourire avec tes mêmes lèvres
Où trembleront encore les mêmes mots d'amour,
Tu le verras frémir des mêmes longues fièvres
Contemple ton miroir de chair tendre et nacrée
Car il s'est fait très pur afin de recevoir
Le reflet immortel de la beauté sacrée
Penche-toi longuement sur l'amoureux miroir ! »
Édition originale rare et très recherchée.
Reliure en demi chagrin noir, dos lisses ornés de frises dorées, discrète et habile restauration en pied d’un mors, plats de cartonnage noir, gardes et contreplats de papier à la cuve, tranches mouchetées, reliure de l’époque.
Exemplaire quasi exempt de rousseur (ce qui est très rare selon Clouzot qui mentionne qu’ils sont souvent piqués).
Provenances : des bibliothèques de Saint-Germain (avec ex-libris imprimé et couronné en dessous des titres des pages de faux-titre) ; du comte de Bonvouloir (avec son ex-libris imprimé Château de Magny en Calvados au dessus du titre de la page de faux-titre du second volume et au dessus de l’ex-libris suivant sur une garde du premier volume) ; de Charles-Albert Gigault de Crisonoy de Lyonne avec son ex-libris encollé sur un contreplat et une garde ; et plus récemment de Max Brun avec son ex-libris encollé sur le contreplat du premier volume.
Étiquettes de rangement de bibliothèque encollées en tête des derniers contreplats, petits manques marginaux et taches angulaires sur les gardes.
Rare exemplaire établi en reliure strictement d’époque.
"Ce soir je suis très mal foutu... il est 19 heures et je me couche juste après la fin de ta lettre... de rien de grave... juste une grande fatigue (à rien faire)"
"Comme cela la puce veut prendre la religion juive... encore une idée à elle... oui je sais elle a fait croire à ses copains qu'elle était juive... car eux l'étaient...si cela l'amuse je la laisse libre... mais ça démontre aussi un dédoublement de personnalité..."
"Aujourd'hui j'ai eu la visite du juge Madre. Tu aurais rigolé, car il a eu droit à tout mon vocabulaire... il en perdait la parole (j'ai pris mon pied (sic)) A un moment il me dit "mais c'est quand même moi qui commande... Réponse de ton bibi : "Ici pédé" c'est moi ton patron". Il était vert et les flics se marraient comme des perdus."
et contre toute soumission à une quelconque forme de pouvoir ou de violence :
"Le pire que l'on puisse faire à un juge, c'est lui enlever toute autorité devant les autres et crois moi il l'a bien compris. Il était venu avec 5 anti-commandos... L'un avait la bombe de gaz à la main... au cas où? Loin d'être impressionné... cela me rend con..."
"Là ma puce je vais prendre mon lit en marche...Ton vieux voyou pose ses lèvres sur le tiennes en une douce caresse d'amour. je t'adore petite fille... car nous sommes réellement le "couple" et plus encore. Bonne nuit chaton."
Édition originale de la troisième série des contes d’Andersen. Deux parties en un volume, parues respectivement le 30 mars et le 23 novembre 1872, chacune portant un envoi d’Andersen – il mentionne le premier dans son journal intime (H. C. Andersens dagbøger, vol. IX, p. 247) et le second est recensé par Henry Tuxen (Anderseniana, vol. 4, 1958-59, p. 155).
Reliure demi percaline rouge à coins, dos lisse passé avec titre et filets dorés, plats de percaline noire. Premier plat présentant une légère craquelure dans la longueur, coiffes et coins frottés, minuscule manque à la percaline en marge du premier plat.
Rare recueil de contes exceptionnellement enrichi de deux envois autographes signés d’Hans Christian Andersen à son ami le célèbre danseur et chorégraphe Auguste Bournonville, qu’il appelle « Balletdigter » (poète du ballet) en hommage à son talent.
Les envois figurent sur la page de faux-titre de chaque partie : « Vennen, Balletdigteren A. Bournonville fra hans Beundrer H.C. Andersen » [À l’ami, le poète du ballet A. Bournonville de son admirateur H.C. Andersen] et « Balletdigteren min geniale, trofaste Ven Hr. Balletmester Bournonville Hjerteligst H.C. Andersen. » [Au poète du ballet, mon brillant et fidèle ami le maître de ballet M. Bournonville / Sincèrement H.C. Andersen.]
Le danseur et directeur de ballet du théâtre royal danois demeura un des plus grands modèles d’Andersen, qui avait voulu être danseur dans ses jeunes années. Mais à l’instar de bon nombre de ses protagonistes de contes de fée, Andersen naît dans « le mauvais corps ». Renonçant à cette carrière, le conteur devenu célèbre mit à profit ses talents d’écriture pour la scène, et collabora à plusieurs reprises avec Bournonville.
Edition originale, un des 100 exemplaires numérotés sur alfa, seuls grands papiers après 5 pur fil.
Reliure en demi maroquin vert à coins, dos lisse, plats de papier à la colle, gardes et contreplats de papier marbré, couvertures et dos conservés, tête dorée, reliure de l'époque signée Lucie Weill.
Habile et discrète restauration en tête d'un mors.
Ouvrage illustré de 6 vignettes d'André Derain.
Bel envoi autographe signé d'Antonin Artaud : « à Alice & à Carlo Rim que j'aime beaucoup parce que j'aime dans la vie tout ce qui est nature, franc et sans fard et la vie d'Héliogabale aussi est franche et sans fard et dans la ligne de la grande Nature. Antonin Artaud leur ami. »
Édition originale, un des 90 exemplaires sur hollande, le nôtre un des quelques hors-commerce lettrés.
Reliure à la bradel en demi box brun, dos lisse, plats de papier fantaisie, gardes et contreplats de papier brun, couvertures conservées, tête dorée, reliure signée de Goy & Vilaine.
Précieux envoi autographe signé de Paul Valéry : « A Victoria Ocampo, - a sus piès de Vd - ce petit rien qu'elle a bien voulu désirer. »
Superbe dédicace qui inaugure la fidèle amitié unissant les deux écrivains par-delà les différences.
A la mort de Valéry en 1945, Victoria Ocampo relatera cette première rencontre de décembre 1928 lors d'un dîner d'écrivains auquel est conviée la jeune Argentine tout juste débarquée à Paris.
Evénement fondateur de leur amitié et de l'admiration mutuelle dont témoigne leur émouvante correspondance, c'est à l'aune de cette première impression que Victoria Ocampo décrira sa relation avec le poète et « les sentiments contradictoires que suscitèrent en [elle] la rencontre de l'œuvre et de l'homme qui la conçut : émerveillement, étranglement, admiration, accablement, bonheur. Effets, sur une Sud-Américaine, amoureuse du génie français, d'une des plus grandes intelligences européennes, lorsqu'elle s'en approcha - un peu tremblante - comme d'un feu qui vous attire et vous tient à distance du même coup. »
Nul doute que l'impression de Valéry ne fut pas moins intense pour qu'il lui adresse, peu après, cette dédicace pleine d'humilité qui ne laisse pas d'évoquer les précieux envois de Victor Hugo à Juliette Drouet « à vos pieds, Ma Dame ».
Confidente épistolaire du poète déchu durant les dures années de guerre, Ocampo lui rendra à sa mort un vibrant hommage « par-delà l'intelligence et la bêtise, par-delà la vie. Avec mon respect, mon culte, ma tendre affection si nouée à l'humain. Avec tout ce qui en moi, tant que je vivrai, ne cessera de le sentir vivant, ne cessera d'être le lieu périssable où son immortalité commence. »
Quelques petites rousseurs.
Exemplaire parfaitement établi.
Oui, c'est toi mon rêve suprême
Pendant ces longs, ces mornes jours
Où je pleure au fond de moi-même
L'exil triste de mes amours !
[...]
N'as-tu pas entendu, ma blonde,
Le bruit d'un sanglot qui revient
Dans le cœur de la nuit profonde ? -
C'est mon amour qui se souvient.
Longue lettre autographe de Stendhal, adressée à sa sœur Pauline, rédigée d'une écriture fine à l'encre noire.
Adresse du père de Stendhal chez qui réside sa sœur, à Grenoble et tampon « n°51 Grande Armée ». Cachet de cire rouge aux armes de Stendhal.
Plusieurs pliures d'origine, inhérentes à l'envoi postal. Un manque de papier, dû au décachetage de la lettre, habilement comblé. Publiée notamment dans sa Correspondance (éd. Henri Martineau), Paris, Le Divan, 1933, vol. 3, n° 262 A, p. 26-29.
Très belle lettre, empreinte de passion romantique, mêlant nostalgie de l'enfance et histoires sentimentales et préfigurant Le Rouge et le Noir.
Rare édition originale.
Reliures de l'époque en pleine basane blonde racinée. Dos lisses ornés de deux fers et deux caissons à la grotesque. Pièces de titre en maroquin rouge. Pièces de tomaison à la cire noire, mais très frottées et décolorées. Coiffes de tête et de queue très finement restaurées, ainsi que les mors en tête et queue et les coins. Estafilade sur un plat. Bel exemplaire bien frais.
Poème autographe non signé de Théodore de Banville, intitulé "Les exilés", 20 lignes à l'encre noire comportant des ratures et des corrections.
Trace de pliures verticales et horizontales inhérentes à la mise sous pli.
En angle supérieur droit du feuillet, le poète a inscrit ces quelques mots : « envoi de livre à Don Bernardo Calderon ».
Ce poème de quatre quatrains semble inédit et ne pas avoir été retenu dans le recueil "Les exilés" paru en 1867.
«Ce livre, pleurant sur la gloire
Et sur le bonheur envolé,
Renferme toute notre histoire ?
Qui donc n'est pas un exilé ?
[...]
Heureux celui qui sous la mer,
Penchant son triste front blémi,
Poursuit sa route aride et nue
En tenant la main d'un ami !... »
Beau quatrain de Théodore de Banville probablement inédit.
Edition originale pour laquelle il n'a pas été tiré de grands papiers.
Bel exemplaire, bande annonce jointe et froissée au verso comportant une déchirure également.
Bel envoi autographe daté et signé d'Annie Ernaux à la femme de lettres Christiane Baroche : "Pour Christiane, qui m'a fait "naître" dans le bonheur il y a dix ans. Annie. 3/02/84."
Édition originale d'une des plus importantes publications révolutionnaires contre la traite des esclaves africains et premier manifeste de la Société des amis des Noirs, fondée en février 1788 par Jacques-Pierre Brissot, Étienne Clavière et Mirabeau, neuf mois à peine après la London Society for Effecting the Abolition of the Slave Trade qui leur servit de modèle.
« Chère amoi [sic]
Ton ami arrivé moulu brisé de deux nuits de voitures et de chemins de fer. Il t'attend demain soir mardi. Oh ce sera avec grand bonheur qu'il s'assurera que toutes choses sont dans l'état où il les a laissées
a toi »
Lettre autographe signée de Marcel Proust, adressée à René Peter. Douze pages rédigées à l'encre noire sur trois bifeuillets de papier blanc bordé de noir.
Déchirures aux extrémités le long des plis des bifeuillets, n'affectant pas le texte.
Publiée dans Kolb, IV, n°168.
Très longue lettre de Proust, pleine de sous-entendus, au dramaturge René Peter. Vantant le succès de ce dernier, Proust fait la sublime confession de sa propre vanité d'écrivain et de ses ambitions littéraires. Il laisse subtilement transparaître sa jalousie pour la maîtresse de Peter et déclare également sa dévotion absolue à Reynaldo Hahn. Il s'agit d'une des premières missives qu'il envoie à Peter, son ami d'enfance, après avoir récemment repris contact avec lui.
Lettre autographe signée d’Honoré de Balzac adressée à son ami l’écrivain Charles de Bernard. Une page rédigée à l’encre noire sur un bifeuillet. Au verso du dernier feuillet, figure l’adresse du destinataire [Charles de Bernard du Grail] rédigée de la main de Balzac, ainsi que des tampons postaux et le cachet portant les armes des Balzac d’Entraigues, que l’écrivain s’était appropriées.
Quelques infimes trous sans atteinte au texte, traces de plis inhérentes à l’envoi.
Publiée dans sa correspondance (Paris, Calmann Lévy, 1876, CXIV, p. 252-253).
Balzac écrit cette missive quatre jours après sa toute première rencontre et son premier baiser avec Madame Hanska à Neuchâtel, à la suite de longs mois d’échanges épistolaires.
« J’ai été très heureux ici. Je suis très content de ce que j’ai vu, le pays est délicieux ; mais vous savez que Jupiter a deux tonneaux et que les dieux n’ont point de faveurs qui soient pures. »
Superbe portrait photographique original de Ravachol réalisé par Alphonse Bertillon, tirage d'époque albuminé contrecollé sur bristol.
Rarissime légende autographe signée du plus célèbre des anarchistes français, rédigée de son écriture hésitante et naïve, au bas du cliché : « 1er mai 1892 Koningstein [sic] Ravachol. »
La graphie Koningstein choisie par Ravachol diffère du patronyme de son père (Königstein). Cette variation attestée par le Maintron (Dictionnaire biographique du mouvement social et ouvrier) se retrouve notamment dans un écrit de sa main daté du 13 avril 1892 et conservé à la Conciergerie.
« Un certain Varinard des Cotes a tracé son portrait graphologique. Il crut pouvoir noter l'absence d'orgueil et de vanité, la droiture et la loyauté des convictions ». (Ramonet et Chao, Guide du Paris rebelle, 2008).
Nous n'avons pu trouver aucun autre exemplaire de cette photographie dans les collections publiques internationales ni en vente aux enchères. Les autographes du « Christ de l'anarchie » sont d'une insigne rareté. Nous ne connaissons que cette unique photographie de Ravachol dédicacée à l'exception de celle mentionnée dans les rapports de surveillance de la Conciergerie : « Le nommé Ravachol nous a fait voir sa photographie sur le recto de laquelle il a inscrit ces mots : « à tous ceux que j'ai aimé. Mon cœur sera toujours près de vous, ma dernière pensée sera pour vous. Tous mes baisers ». Signé Ravachol. Il a l'intention d'envoyer cette photographie à son frère, ainsi qu'une lettre dont le résumé est le suivant : « Comme vous le voyez, je suis souriant sur ma photographie, vous pourrez donc en déduire que mon sort n'est pas si triste que vous le pensez. Il ne me manque qu'une chose : la liberté. Du reste je ne fais aucune différence entre ma vie en prison et celle que je menais auparavant. Toutes les deux ne sont que souffrance. Le vrai bonheur n'existera pour moi que lorsque je verrai la réalisation de mes projets, si cela ne se peut, je préfère la mort. J'envisage ces deux points le sourire aux lèvres ». (8 mai 1892) Nous n'avons pu localiser ce cliché et n'en avons trouvé aucune autre trace depuis ce rapport. Nous n'avons d'ailleurs aucune certitude que cette photographie existe encore. à l'instar de la nôtre, elle a été réalisée lors d'une séance à la prison de la Conciergerie le 6 mai 1892 durant laquelle plusieurs poses ont été tirées. Ravachol a donc antidaté sa dédicace en se servant probablement de la date symbolique du 1er mai 1892, premier anniversaire du massacre de Fourmies.
Il est certainement fait mention de notre cliché dans les mémoires du photographe et père de l'anthropométrie Alphonse Bertillon : « Ce fut l'identification de l'anarchiste Ravachol qui consacra la sûreté de sa méthode. Ravachol avait fait sauter au moyen d'une bombe l'immeuble où habitait alors le procureur de la République ainsi que le restaurant Véry et menaçait de continuer cette besogne de destruction quand il fut arrêté au milieu d'une foule hurlante qui voulait le mettre en pièces, au point qu'il arriva au service anthropométrique avec un visage boursouflé, tuméfié, hideux. Il fallut toute la diplomatie, toute la pénétration psychologique d'Alphonse Bertillon pour le convaincre de se laisser mensurer et photographier. Ravachol exprima le désir, vu l'état effrayant de son visage, d'être photographié une seconde fois dès que ses plaies et ses ecchymoses seraient guéries. Bertillon le lui promit et tint parole, il poussa même la délicatesse vis-à-vis de ce bandit jusqu'à lui porter dans la cellule qu'il occupait au dépôt un exemplaire de son portrait collé sur bristol. Et Ravachol qui ne pouvait en croire ses yeux, de s'écrier : – vous êtes un honnête homme, vous au moins, monsieur Bertillon. » (Suzanne Bertillon, Vie d'Alphonse Bertillon l'inventeur de l'anthropométrie, 1941). Ce témoignage d'une grande précision nous éclaire sur l'importance de l'arrestation de Ravachol dans la carrière du célèbre criminologue et la relation particulière qui unit les deux hommes. Il faut dire que c'est Bertillon lui-même qui procéda à l'identification de l'activiste qui avait été « bertillonné » deux ans plus tôt, démontrant avec brio toute l'efficacité de sa méthode de classification : cette première fiche se trouvait parmi 500 000 autres, déjà réalisées depuis la création du service d'Identification judiciaire en 1889.
Nous ne savons pas à qui Ravachol destinait ce portrait qu'il estimait tant, mais l'absence de dédicataire et la date hautement symbolique qu'il y appose, ultime défi à l'État policier, laisse à penser qu'il l'offrit à un partisan de sa cause.
Rarissime tirage d'époque de l'icône anarchiste Ravachol, dont le nom – immortalisé dans la culture populaire – deviendra même un nom commun, de l'insulte du capitaine Haddock (« Mille millions de mille milliards de mille sabords !... Espèce de cannibale !... Bachi-bouzouk !... Ravachol !... ») à la litanie punk des Bérurier Noir : « Salut à toi l'Espagnol / Salut à toi le Ravachol ! ».