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Maurice BLANCHOT Les plaintes de l'ombre. Manuscrit autographe et tapuscrit complets.

1 200 €

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Maurice BLANCHOT

Les plaintes de l'ombre. Manuscrit autographe et tapuscrit complets.

S.n. (Journal des débats), s.l. (Paris) s.d. (1943), 13,5x21,5cm & 2 pages in-4, 2 1/2 pages in-8.


Manuscrit autographe de l'auteur de 2 pages et demie in-8 publiée dans le numéro du 10 Décembre 1943 du Journal des Débats. Manuscrit complet à l'écriture très dense, comportant de nombreuses ratures, corrections et ajouts. Chronique littéraire publiée à l'occasion de la parution de Passage de l'homme de Marius Grout, prix Goncourt 1943. On joint le tapuscrit complet.
La critique de Blanchot pour ce futur Prix Goncourt, n’est pas tendre, bien qu’il en saisisse parfaitement les enjeux. Cette histoire dont le déroulement tragique s’achève sur une supercherie créatrice d’une foi nouvelle, contient pour Blanchot une morale équivoque.
« On comprend ce que Marius Grout cherche à montrer; que les hommes ne peuvent vivre sans un rêve de transcendance, que le miracle n’a pas besoin de vérité [...] Mais [...] si les hommes ont besoin pour vivre d’un idéal qui soit une fable, la question se pose de savoir si après tout les hommes ont besoin de vivre. » La question serait pure rhétorique pour un roman moderne, mais en 1943, « l’écrivain qui accepte de traiter des thèmes où le destin de l’homme est en jeu [...] se met lui-même en jeu, il se mise ; s’il perd, il se perd lui-même. » 
Entre avril 1941 et août 1944, Maurice Blanchot publia dans la "Chronique de la vie intellectuelle" du Journal des Débats 173 articles sur les livres récemment parus. Dans une demi-page de journal (soit environ sept pages in-8), le jeune auteur de "Thomas l'obscur" fait ses premiers pas dans le domaine de la critique littéraire et inaugure ainsi une oeuvre théorique qu'il développera plus tard dans ces nombreux essais, de "La Part du feu" à "L'Entretien infini" et "L'Écriture du désastre". Dès les premiers articles, Blanchot fait preuve d'une acuité d'analyse dépassant largement l'actualité littéraire qui en motive l'écriture. Oscillant entre classiques et modernes, écrivains de premier ordre et romanciers mineurs, il pose, dans ses chroniques, les fondements d'une pensée critique qui marquera la seconde partie du XXe. Transformé par l’écriture et par la guerre, Blanchot rompt, au fil d'une pensée exercée "au nom de l'autre", avec les violentes certitudes maurassiennes de sa jeunesse. Non sans paradoxe, il transforme alors la critique littéraire en acte philosophique de résistance intellectuelle à la barbarie au cœur même d'un journal "ouvertement maréchaliste": "Brûler un livre, en écrire, sont les deux actes entre lesquels la culture inscrit ses oscillations contraires" (Le Livre, In Journal des Débats, 20 janvier 1943). En 2007, les Cahiers de la NRF réunissent sous la direction de Christophe Bident toutes les chroniques littéraires non encore publiées en volumes avec cette pertinente analyse du travail critique de Blanchot : "romans, poèmes, essais donnent lieu à une réflexion singulière, toujours plus sûre de sa propre rhétorique, livrée davantage à l'écho de l'impossible ou aux sirènes de la disparition. (...) Non sans contradictions ni pas de côté, et dans la certitude fiévreuse d'une œuvre qui commence (...) ces articles révèlent la généalogie d'un critique qui a transformé l'occasion de la chronique en nécessité de la pensée." (C. Bident). Les manuscrits autographes de Maurice Blanchot sont d'une grande rareté.

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