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Autographe, Edition Originale

Marcel PROUST A la recherche du temps perdu

Marcel PROUST

A la recherche du temps perdu

Grasset pour le volume I & Gallimard pour les suivants, Paris 1913-1927, 11,5x19cm pour le premier volume & 12,5x19cm pour le second & 14x19,5cm pour les suivants, 13 volumes reliés.


Édition originale comportant toutes les caractéristiques de première émission (premier plat à la date de 1913, faute à Grasset, catalogue de l’éditeur in-fine) pour le premier volume, édition originale sans mention pour le second volume, éditions originales numérotées sur pur fil, seuls grands papiers avec les réimposés pour les volumes suivants.
Reliures en demi maroquin rouge à coins, dos à cinq nerfs sertis de filets dorés ornés de filets noirs, dates dorées en queues, encadrements de filets dorés sur les plats de papier marbré, gardes et contreplats de papier à la cuve, couvertures et dos conservés, têtes dorées, élégantes reliures de J.-P. Miguet.
Rare et précieux envoi autographe signé de Marcel Proust sur le premier volume à la baronne de Pierrebourg qui fut pour Proust à la fois une proche amie, un écrivain admiré, et le modèle d’un des principaux personnages de Du côté de chez Swann.
Cette collection complète de à la recherche du temps perdu comprend les titres suivants : Du côté de chez Swann, A l’ombre des jeunes filles en fleurs, Le Côté de Guermantes (2 volumes), Sodome et Gomorrhe (3 volumes), La Prisonnière (2 volumes), Albertine disparue (2 volumes) et Le Temps retrouvé (2 volumes). Certains dos très légèrement passés sans aucune gravité. Une restauration angulaire en pied de la première garde du premier volume sur laquelle figure l’envoi.
Rare et agréable ensemble parfaitement et élégamment établi.
Cité dans la Correspondance de Marcel Proust, tome XII, établie par P. Kolb, cet « hommage respectueux, admiratif et reconnaissant » qu’il lui adresse sur ce tout premier tirage du Swann est précieux à plus d’un titre.
La baronne Marguerite Aimery Harty de Pierrebourg, femme de lettres et maîtresse de Paul Hervieu, tenait un Salon littéraire brillant où se sont croisés notamment Raymond Poincaré, Henri de Régnier, Paul Valéry, Alfred Capus, Abel Hermant, René Boylesve, Edmond Jaloux, Gérard d’Houville, Edouard Estaunié, André Gide, Gabriele d’Annunzio et Robert de Flers.
Régulièrement fréquenté par Proust, le « Salon de l’avenue du bois » de Madame de Pierrebourg fut avec celui de sa rivale Madeleine Lemaire, et ceux de Madame Strauss et de Madame Aubernon, le creuset des nombreux portraits psychologiques de la Recherche.
 
Mais Marguerite de Pierrebourg, Claude Ferval de son nom de plume, était surtout une romancière admirée de Proust à laquelle il confiait, à chaque nouveau roman qu’elle publiait, son admiration et son propre désir d’écriture. Ainsi dans une lettre de 1903, l’émouvant commentaire d’un passage de Plus fort semble-t-il annoncer, dix ans avant la Recherche, le futur sacrifice de Proust à l’écriture et, dans le roman, l’échec de Swann à atteindre cette grâce :
« Dans tout cela une philosophie sur laquelle on voudrait revenir et vous demander par exemple si c’est bien vrai que la vie nous accorde la grâce que nous désirons à condition que nous lui sacrifions le reste. Si on pensait que cela peut servir à quelque chose de sacrifier le reste, ce serait bien vite fait. Mais le reste abêtit, empêche de voir en face sa douleur. Enfin c’est difficile à dire. Mais vous avez raison. »
Ce sentiment qui lui est encore si « difficile à dire », c’est précisément le sujet même de la Recherche. Et son aboutissement, la reconquête de cette vie par l’œuvre romanesque, il en formulera plus aisément l’impérieuse nécessité dans une lettre à Pierrebourg de 1908 : « vous êtes romancier, vous ! Si je pouvais créer comme vous des êtres et des situations, que je serais heureux ! » Assertion à laquelle fait écho l’interrogation de Proust : « Suis-je romancier ? » au début de son premier carnet.
Car cette année est aussi celle du début de l’écriture de la Recherche dont on trouve la genèse dans ce fameux « carnet de 1908 ».
A partir de cette date, les lettres à Mme de Pierrebourg témoignent de la mue d’un Proust-lecteur à un Proust-auteur. Exhumant ses anciennes tentatives romanesques, il les compare à l’œuvre de son amie : « Ce sentiment-là [de tendresse filiale], des pages déjà un peu anciennes que j’écrivis […] vous montreront peut être, si je les publie un jour, que je ne suis pas absolument indigne de le comprendre. […] Cette scène du « bonsoir « près du lit, vous la verriez, tout autre et combien inférieure. ». Ce passage de Jean Santeuil auquel il fait référence constituera, entièrement réécrit, une des premières et plus célèbres scènes de Du côté de chez Swann.
Son œuvre achevée, c’est encore à l’aune de celle de Ferval qu’il la juge :
« En corrigeant les épreuves […] des pages sur la jalousie, tout le temps la phrase où vous montrez que la Montespan forçait Mlle de la Vallière à la peur, me revenait à l’esprit et je me disais : « Si madame de Pierrebourg lit jusque-là, elle reconnaîtra que j’ai dit vrai. »
Ce sont également les conseils de cet écrivain admiré qu’il sollicite à la veille de la publication, comme il l’avait déjà fait pour Pastiches : « Pour le livre que je termine j’aimerai bien avoir votre conseil » ; « si vraiment ce que je pense vous soucie un peu […] rien n’est plus réciproque. Ne fûtes-vous pas, je crois, la seule personne à qui je demandais autrefois avis pour une édition de mes pastiches. »
 
Dès la parution de Swann, Proust dédicace donc à Mme Pierrebourg cet exemplaire et, apprenant son enthousiasme, requiert son aide pour l’obtention d’un prix littéraire. Le prix de la Vie Heureuse dont elle était membre et ancienne présidente était déjà attribué mais le Goncourt restait à conquérir. Pressé par Grasset, Proust tentera auprès d’elle une des seules – et infructueuses – démarches en ce sens : « Puisque vous aimez mon livre, je crois que je ne suis pas trop indiscret en vous demandant de m’aider à le faire lire » ; « Peut-être avez-vous des amis dans cette académie Goncourt » .
Bien qu’il précise : « la lettre que je vous écris est ma première démarche », nous savons qu’il a tout de même adressé un exemplaire du service de presse à Lucien Descaves, membre de l’Académie Goncourt (cf. notre catalogue Du côté de chez Proust de novembre 2013).
Lucien Descaves est hostile à Proust (et le restera en 1919) et Mme de Pierrebourg ne connaît pas les membres. Elle lui propose cependant d’intercéder pour le prix de l’Académie Française mais Proust refuse : « ses petits prix ne mettent pas en lumière un écrivain, ne flattent que l’amour propre et je n’en ai pas. »
Car la seule et constante inquiétude de Proust, c’est d’être lu et c’est réellement le regard et le jugement de l’écrivain respecté qu’il recherche avant tout en adressant cet ouvrage à Mme Pierrebourg : « J’avoue même que c’est seulement sous les yeux de Claude Ferval que j’ose mettre [certaines pages si choquantes] et que je prie Madame de Pierrebourg de les sauter. »
 
Pourtant, si c’est bien à la femme de lettres et d’esprit « et bien plus » que Proust adresse son « hommage respectueux et admiratif », la « reconnaissance » témoignée dans cette dédicace est peut-être moins adressée à l’artiste qu’au modèle que fut Mme de Pierrebourg pour un des personnages centraux de ce premier volume : Odette de Crécy.
Comme le relève Georges D. Painter : Paul Hervieu et sa maîtresse sont une des sources d’inspiration du couple Charles Swann et Odette de Crécy, dont la relation amoureuse occupe une grande partie de ce premier tome de la Recherche.
« C’est chez Mme Aubernon [modèle de Mme Verdurin] qu’Hervieu avait rencontré la belle et talentueuse Marguerite de Pierrebourg […] et qu’il devait en devenir amoureux. Elle avait alors 35 ans et vivait séparée de son mari, Aimery de Pierrebourg : Odette, on s’en souvient, était elle-même la femme séparée de Pierre de Verjus, Comte de Crécy. […] La baronne déserta Mme Aubernon, emmenant Hervieu, et eut bientôt elle-même, comme Odette, un brillant Salon que Proust fréquenta plus tard. Ils ne se marièrent jamais, ne vécurent jamais ensemble, mais leur amour dura toute leur vie ; cependant, à d’autres égards, leur histoire présente plus d’une analogie avec celle de Swann et d’Odette. Madeleine, la fille qu’elle avait eue du baron de Pierrebourg, épousa en 1910 le comte Georges de Lauris, l’un des jeunes nobles qui servirent de modèles au personnage de Saint-Loup, et que Proust avait connu au début du siècle. Peut-être ce mariage a-t-il suggéré à Proust l’union de la fille d’Odette et de Saint-Loup. » (in Marcel Proust, les années de jeunesse, Mercure de France 1966). Si l’on ajoute à cela que le Salon de Madame de Pierrebourg était situé au 1 avenue du Bois de Boulogne, la correspondance avec les personnages – notamment les rituelles promenades au Bois de Boulogne – est d’autant plus saisissante.
 
Fait encore plus troublant, que Painter ne relève pas : c’est en 1908, que Proust songe à appeler « Odette » la maîtresse de Swann (nommée dans les versions antérieure Sonia puis Anna et Carmen). Or Odette est le prénom d’un personnage du roman Ciel rouge de Ferval-Pierrebourg au sujet duquel Proust lui écrit cette même année :
« Mais surtout où vous vivez, où vous criez tout entière, c’est dans la tendresse pour Odette. » Allusion au côté autobiographique, « subjectif » écrit Proust, du roman, l’affection de Laurence pour Odette et d’Odette pour Laurence étant un reflet de celle de la baronne pour sa fille Madeleine (voir la note 8 de Philip Kolb dans Correspondance Tome VIII, lettre 135).
Proust s’est défendu contre toute analyse autobiographique de son œuvre comme il l’écrira à Jacques de Lacretelle en 1918 : « Il n’y a pas de clefs pour les personnages de ce livre ; ou bien il y en a huit ou dix pour un seul. » C’est pourtant les longues années passées dans les Salons tels que celui de Mme Pierrebourg qui furent la source principale des cinq cents personnages de la Recherche, et parmi les modèles plusieurs en tinrent rigueur à Proust après la lecture de son roman.
La baronne de Pierrebourg a-t-elle également perçu entre les lignes romanesques de ce premier volume la présence, sous les traits d’Odette et de Swann, de sa relation avec Paul Hervieu ? Les lettres qu’elle adressa à Proust sont malheureusement perdues mais une réponse de Proust fin novembre autorise quelques conjectures. Pourquoi la remercie-t-il d’avoir apprécié « le début de [s]on livre » (donc la partie précédant un amour de Swann) alors qu’une lettre du 8 novembre nous apprend qu’elle a déjà lu le livre entier (« puisque vous aimez mon livre »). Etrange également, cette justification de Proust à propos de la jalousie de Swann envers Odette : « J’ai pensé souvent vers la fin de la seconde partie que si vous me lisiez, vous m’approuveriez. ». Mais ce qui ne laisse pas de nous interroger, c’est l’énigmatique post-scriptum de cette dernière missive :
« Il y a peu de temps encore vous m’écriviez : « Cher ami ». J’espère que le « Monsieur » réapparu n’indique aucun refroidissement qui me ferait grande peine. »
Sans doute Madame de Pierrebourg a-t-elle su percevoir que seuls les traits les plus nobles d’Odette pouvaient être inspirés de sa personne, et, en dépit des craintes de Proust, leur amitié demeura intacte leur vie durant.
Il en fut d’ailleurs très vite convaincu, comme en témoigne cette lettre en partie inédite : « je sais le prix infini des choses que vous me dites et je n’ai jamais éprouvé pareil sentiment de reconnaissance. Ne regrettez pas de ne pas connaître les membres de l’Académie Goncourt. Peut-être si vous aviez pu me recommander à eux, ne m’auriez-vous pas écrit aussi longuement aujourd’hui et ce que vous leur auriez dit m’aurait fait bien moins de plaisir que ce que vous me dites. La valeur du prix Goncourt pour moi c’était de me faire lire par quelques esprits à qui peut-être il l’eût signalé. Or il n’en est pas dont l’amitié soit aussi précieuse que celle que vous avez la bonté de dire que vous avez pour moi. »
Exceptionnel exemplaire superbement établi et enrichi d’une dédicace précieuse qui porte en elle la richesse et la complexité du plus grand écrivain français du XXème siècle.

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