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Étienne-Gabriel MORELLY Le Prince, les délices des coeurs ou Traité des qualités d'un grand roi, et système général d'un sage gouvernement

3 800 €

Réf : 55383

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Étienne-Gabriel MORELLY

Le Prince, les délices des coeurs ou Traité des qualités d'un grand roi, et système général d'un sage gouvernement

Aux dépens de la compagnie, à Amsterdam 1751, in-8 (10,5x16,5cm), ix (3) 168pp. (7) et (4) 188pp. (12), 2 volumes reliés.


Rare édition originale, parue sous astéronyme, bien complète de son tableau dépliant du « Tarif général des Impôts sur un million de Sujets ».
Reliures début XIXème en pleine basane brune racinée, dos lisses richement ornés de caissons et filets dorés ainsi que de pièce de titre et de tomaisons noires et kaki, roulette dorée en encadrement des plats, toutes tranches mouchetées de rouge. Coins et coiffes habilement restaurés.
Étienne-Gabriel Morelly, le « méconnu des Lumières » (Wagner, Morelly le méconnu des Lumières, 1978) – on a longtemps attribué certains de ses écrits à Diderot – est de nos jours reconnu comme étant le premier à avoir développé une philosophie du socialisme voire du communisme également appelée socialisme utopique.
Ce traité politique, très inspiré par sa forme du Prince de Machiavel, se constitue de quatre parties bien distinctes : le prince citoyen, le prince législateur et magistrat, le prince politique et le prince guerrier. Il prend l’apparence d’un dialogue fictif entre un prince nommé Thélémédone (« Délices des cœurs »), ses courtisans et son confident. On trouve d’ailleurs la liste des noms et significations des différents devisants en tête du premier volume. Morelly précède son texte d’une brève « Lettre à un ami » dans laquelle il précise la structure de l’ouvrage :
– la nature, les devoirs et avantages de la souveraineté toute puissante,
– les qualités de l’esprit et du cœur qui doivent être communes aux monarques et aux autres mortels,
– le prince comme figure du législateur et du magistrat qui tient conseil, délibère avec ses amis sur les projets importants et leur délègue les réformes nécessaires au bon fonctionnement de l’État avant de valider des lois (naissance du gouvernement),
– les moyens d’accorder l’équité grâce à la politique, d’affermir l’autorité royale, de prévoir et prévenir les troubles intestins de l’État, de rendre l’harmonie du gouvernement constante et durable et de traiter et négocier avec les puissances étrangères voisines et éloignées,
– les justes raisons de faire la guerre et les différentes parties de l’art militaire.
On remarquera cependant qu’à la différence des traditionnels « miroirs des princes » cet avis n’est adressé à aucune personnalité particulière. Cette absence démontre bien que l’auteur a la volonté de présenter un projet politique – celui de son protecteur le Prince de Conti – plus que de prodiguer des conseils à un jeune monarque. Dans ce véritable texte à clés le lecteur assiste donc, à travers toute la première partie, à une conversation entre Louis XV-Thélémédone et Conti-Philoménarque. En conséquence, les quatre visages du prince, énoncés plus haut, correspondent à des points précis de la gouvernance de Louis XV et font écho à la situation du Prince de Conti en 1750. De même, les dix personnages aux noms exotiques dialoguant avec le prince sont les reflets fidèles des dix ministres constituant le conseil royal à cette époque (voir à ce sujet l’étude très poussée de Guy Antonetti, « Étienne-Gabriel Morelly : l’écrivain et ses protecteurs » in Revue d’Histoire littéraire de la France 84e Année, No. 1 (Jan. - Feb., 1984), p. 19-52).  Daniel Droixhe défend lui aussi la thèse selon laquelle « les écrits [de Morelly] formeraient un ensemble très construit exprimant les opinions politiques du Prince de Conti, soit clairement (Le Prince), soit par allégorie (la Basiliade, le Code), soit enfin implicitement (les Lettres de Louis XIV) » (Daniel Droixhe, Une histoire des Lumières au pays de Liège, 2007). On a donc bien une progression dans la carrière d’écrivain de Morelly qui, jusque-là, ne proposait que des textes moralistes orientés vers la pédagogie. Le changement s’opère au moment de la paix d’Aix-la-Chapelle (1748) et avant la suprématie de la Marquise de Pompadour. Conti, qui joue le rôle de conseiller du roi depuis 1747, se voit supplanté par cette dernière.
C’est ainsi que Morelly, soutenant la cause des Conti, entame une carrière d’écrivain politique affranchi du pouvoir monarchique. Ce n’est donc pas un « aventurier de la plume » ni un « marginal » qui compose ce Prince, mais un philosophe politique tout à fait conscient des problématiques de son temps. Malgré sa forme prétendument fantaisiste l’œuvre parfois réduite à une utopie est en réalité une réflexion réaliste sur les nécessaires réformes du pouvoir : constitution du gouvernement, politique extérieure et intérieure, progrès sociaux... Jusqu’au calcul précis des impôts (représenté dans un tableau dépliant), Morelly développe un projet rationnel et très documenté et participe ainsi de la grande réforme politique et sociale des Lumières.
Quelques années plus tard, en 1755, il publie son célèbre Code de la nature dans lequel il soumet un système législatif idéal et inédit abolissant la propriété privée au profit d’une société fraternelle assurant le bonheur du genre humain. Redécouverte au XXème siècle, cette pensée radicale sera considérée comme le premier programme socialiste de l’Histoire de France, et son auteur érigé au rang de précurseur mythique des pensées communistes modernes. S’il ne connut pas la renommée, il inspira pourtant de grandes figures progressistes, de Rousseau qui rédigea son Contrat social à la lumière de ses travaux, au conventionnel Babeuf, le « premier communiste agissant » (selon Marx) qui se réclama de celui qu’on nomme le « philosophe oublié des Lumières ».
Rarissime exemplaire de ce premier grand texte politique de Morelly.



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