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Autographe, Edition Originale

Donatien Alphonse François, Marquis de SADE Lettre autographe paraphée à sa femme. De l'athéisme à la loi du Talion : « sur ce que j’ai de plus (...) sacré, jamais je ne croirai aux leçons des sectateurs d’un dieu qui se croient permis d’outrager la créature pour honorer le créateur."

Donatien Alphonse François, Marquis de SADE

Lettre autographe paraphée à sa femme. De l'athéisme à la loi du Talion : « sur ce que j’ai de plus (...) sacré, jamais je ne croirai aux leçons des sectateurs d’un dieu qui se croient permis d’outrager la créature pour honorer le créateur."

s.l. (Vincennes) s.d. (septembre 1783), 11,4x18,1cm, 4 pages sur un feuillet remplié.


« Sur ce que j’ai de plus en plus sacré jamais je ne croirai aux leçons des sectateurs d’un dieu qui se croient permis d’outrager la créature pour honorer le créateur. »
« […] si les hommes me refusent leur justice, il me restera toujours des moyens de me la faire. Elle a aussi des yeux – […], il ne faut que de l’argent pour trouver des coquins… »
Lettre autographe paraphée, du Marquis de Sade adressée à sa femme. Quatre pages sur un double feuillet, rédigées d'une écriture fine et serrée.
Plusieurs soulignements de la main de Sade.
Cette lettre a été publiée dans la correspondance du Marquis de Sade.
Adresse de Madame de Sade à Paris sur la moitié de la quatrième page.
Petite mouillure en pied de feuillet, ne gênant pas la lecture.
Importante lettre dans laquelle s’exposent les deux grands thèmes de la philosophie sadienne : l’anticléricalisme radical et la violence fantasmée.
Sans date, cette lettre fut, d’après Jean-Jacques Pauvert (Sade vivant), rédigée en septembre 1783, lors de l’incarcération de Sade à Vincennes.
Madame de Sade – dont l’adresse parisienne apparait sur la quatrième page – se trouve alors au couvent Sainte-Aure où elle jouit d’une tranquillité toute relative souffrant de nombreux maux dont son mari s’enquiert (« Je vous prie de m’écrire je suis inquiet de votre santé »). Mais très vite Sade dérive vers ses propres peines ; lui aussi souffre terriblement des yeux, il explique d’ailleurs : « Si vous preniez quelque intérêt à moi je vous dirais que depuis quatre heures jusque minuit ces malheureux yeux continuent à me faire horriblement souffrir ». Les souffrances oculaires sont un thème récurrent de la biographie sadienne, comme le souligne Maurice Levert : « Tant à Vincennes qu’à la Bastille, Sade sera suivi par les plus fameux oculistes du temps, les frères Grandjean, dont l’aîné Henri, est chirurgien-oculiste du roi, et Demours Fils. » (Sade vivant, p.337). Malgré les nombreux onguents et conseils (celui notamment de pratiquer le tricot !), le Marquis redoute plus que tout de devenir aveugle ; il perdra presque totalement l’usage d’un œil entre janvier et juillet 1783.
Cette lettre nous renseigne en outre sur les conditions de vie du Marquis et plus particulièrement sur les autorisations qui lui sont accordées, notamment celle de correspondre avec ses proches. Sade se plaint d’un « coquin qui […] se croit plus grand qu’Alexandre, et plus profond que Licurgue (sic) », qui, on le devine aisément, n’est autre que le commissaire Le Noir qui autorise au Marquis, sorties, visites et activités épistolaires. Là encore, on remarquera l’ironie toute sadienne qui transparaît ici : « Essayer d’anéantir l’intérêt qu’un mari prend à sa femme est une des plus sublimes politiques qui ait jamais existé, il y a en cela un esprit d’ange, une merveilleuse conduite, comme aux grandes choses on reconnait les grands hommes »
 
On perçoit dans cette lettre le rituel amoureux de la correspondance qui passent nécessairement par le reproche d’indifférence (« […] je vous supplie s’il est dans vos forces de ne pas m’écrire, envoyez aux officiers de la maison un petit mot [...] cette semi preuve de votre existence […] me rassurer[a] au moins un peu ») mêlé de préoccupations domestiques : « vous avez un prétexte, je vous l’ai fourni exprès depuis deux mois, j’ai un gros paquet tout emballé à vous faire passer ».
Il s’agit en l’occurrence d’un livre (lequel…?). En effet, l’autre activité de Sade, malgré sa piètre vue, est de rédiger ou retravailler ses ouvrages qu’il transmet ensuite à sa femme, à l’abbé Amblet ou à La Jeunesse pour correction. Il est précisément question de cet échange littéraire : « Ce paquet contient 6 pièces d’estomac […] Elles enveloppent mon dernier ouvrage que j’ai fort à cœur également de vous faire passer et pour que La Jeunesse le mette au net et pour pouvoir me caser à autre chose, ce qu’il m’est impossible de faire tant que l’ancien ouvrage est encore dans mes mains et je voudrais travailler, j’ai un plan qui me trotte dans la cervelle et qu’il faut absolument accomplir. Il faut réparer le temps perdu, on m’éveille tous les jours à cinq heures du matin »
Mais ce sont les diatribes contre la religion qui font tout le sel de cette lettre empreinte de l’esprit libertaire du Marquis. Ainsi évoque-t-il les tentatives prosélytes de l’administration carcérale :
« Il en est de cela comme de la chapelle dont on me fend la tête tous les jours, on écrivit et pour n’avoir pas ajouté foi aux redoutables mystères de la religion du Christ on lui fendra tous les jours pendant 6 mois avec une chapelle et vous verrez comme ça lui fera croire que dieu et du pain sont la même chose. C’est à peu près ainsi que l’on convertissait les anti papistes dans les Cévennes. Comme il n’y a pas encore 80 ans chacun doit se rappeler comme ça réussit. » Le fait d’invoquer ici les Camisards n’est pas anodin pour le Marquis et on retrouve, dans la liste des ouvrages qu’il réclama à son épouse en 1781, l’ouvrage d’Antoine Court, Histoire des troubles des Cévennes, ou de la Guerre des Camisards sous le règne de Louis le Grand (1760). Il utilisera d’ailleurs un épisode de cette guerre pour sa Juliette (1800), racontant les flagellations que l’on faisait alors subir aux fillettes cévenoles refusant de se convertir au catholicisme.  
Plus virulent encore, le passage suivant fait écho à son célèbre premier pamphlet, Dialogue entre un prêtre et un moribond, rédigé en secret ici même l’année précédente :
« Oh non non, non sur ce que j’ai de plus en plus sacré jamais je ne croirai aux leçons des sectateurs d’un dieu qui se croient permis d’outrager la créature pour honorer le créateur. Bâtissez vos chapelles impies ; adorez vos idoles détestables païens. Mais tant que vous enfreindrez pour tout cela les plus saintes lois de la nature, souvenez-vous que vous ne me forcerez qu’à vous haïr et vous mépriser. »
D’après Pauvert, cette tirade contribuera sans doute au maintien en détention du Marquis malgré la visite le 7 décembre 1783 du ministre Breteuil, pourtant favorable à l’abolition des lettres de cachet : « Sous un roi qui accorde des réformes mais ‘ne plaisante pas quand il s’agit de la morale, de la religion et de l’ordre public’ (Maurice de La Fuye), le ministre de sa maison ne peut pas se permettre de traiter trop brutalement par-dessous la jambe ces trois piliers de la société. ». Nul doute que cette véritable démonstration de force de la philosophie anticléricale, futur fer de lance des révolutionnaires, est pour l’heure encore audacieuse.
 
Si le Dialogue inspire cette envolée libertaire, la dernière partie de la lettre annonce l’avènement d’un Sade plus radical encore celui des Cent-vingt journées de Sodome – à travers la violence fantasmée des supplices dont il menace sa belle-mère :
« Mais patience, si les hommes me refusent leur justice, il me restera toujours des moyens de me la faire. Elle a aussi des yeux – et j’aurai aussi de la poudre, il ne faut que de l’argent pour trouver des coquins, elle me le prouve et j’en userai. »

Provenance : archives de la famille.
 

VENDU

Réf : 59109

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