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[Félix de JOUVENEL des URSINS] ou [Félix de JUVENEL] Histoire générale des Mores d'Espagne

[Félix de JOUVENEL des URSINS] ou [Félix de JUVENEL]

Histoire générale des Mores d'Espagne

s.d. (circa. 1640), in-folio (23,5x36cm), 917pp., relié.


Important manuscrit inédit de 917 pages in-folio, anonyme et non daté, œuvre originale conservée par les héritiers de son auteur, Félix de Jouvenel des Ursins (dit aussi Jouvenel ou Juvenal, 1617- ?), grand érudit qui consacra sa vie à l’étude et composa de nombreux ouvrages.

Notre manuscrit est mentionné dans l’Examen critique et complément des dictionnaires historiques (1820) d’Antoine-Alexandre Barbier.

écriture fine et lisible. Nombreux ajouts, corrections, biffures et notes marginales.

Reliure en plein parchemin d’époque. Dos lisse avec titre à la plume noire (en partie illisible). Lacets sur les plats et coutures apparentes. Un accroc en tête. Taches sur les plats. Quelques taches. Bon état du papier. Grand ex-libris gravé aux armes d’Henri de Juvenel, châtelain de Montpezat (1810-1875), encollé sur le premier contreplat.

On peut dater ce manuscrit des années 1640 à 1645, comme en témoignent les références de l’auteur qui cite des ouvrages du début du siècle comme sources historiographiques principales, notamment cette information temporelle « Toutefois s’étant rencontré que de nos jours on a traduit d’arabe en espagnol les chroniques du More Abulcaçim Tarif Abentarique ».

Plusieurs éléments confirment qu’il s’agit bien du manuscrit original de Félix de Jouvenel. Ainsi l’orthographe des termes « défaicte », « loing », « mesprisable », « enfans » « tesmoing » (p. 160) ou « autresfois » (p. 83) sont conformes à la graphie établie dans le Thresor de la langue francoyse de Jean Nicot en 1606. L’orthographe de ces mots évoluera durant le siècle et, en 1694, le Dictionnaire de l’Académie les présentera sous la forme : « Deffaite », « loin », « meprisable », « enfants », « tesmoin » et « autrefois ».

Enfin, le papier est un vergé aux pontuseaux distants de 2,4 centimètres, et comportant deux filigranes alternés dont le premier est similaire aux insignes germaniques du XVIIème siècle identifiables sur plusieurs éditions dès 1599 et représentant un écu couronné arborant un cor de chasse et les initiales WR en pendant. Le second filigrane est composé uniquement des initiales DL en milieu de page.

On suppose que ce manuscrit précède la publication en 1645 du roman historique de Jouvenel intitulé Dom Pélage ou l’Entrée des Maures en Espagne qui fut inspiré de ce long travail de recherche comme le souligne Emile Colombey : Jouvenel « avait tiré un roman intitulé Dom Pélage de son Histoire des Maures d’Espagne qui est restée inédite et qui ne comprend pas moins de 917 pages grand format » (in Correspondance authentique de Ninon de Lenclos, 1886). Le chapitre des « Mémorables avantures de l’infant Dom Pélage  » occupe d’ailleurs douze pages du manuscrit.

Nous n’avons trouvé que trois ouvrages historiques sur l’Espagne mauresque publiés en France dans le première moitié du XVIIème siècle : Louis Turquet de Mayerne,  Histoire générale d’Espagne (parue initialement en 1587 et complétée jusqu’en 1635 qui reprend en partie celle de Mariana, Ioannis Marianae Hispani, e socie. Iesu, de ponderibus et mensuris, 1599), Ambrosio de Salazar : Inventaire general des plus curieuses recherches des Royaumes d’Espagne, composé en langue Castillane par A. de Salazar et par lui mis en François, Paris 1612, et une compilation anonyme des écrits précédents : Inventaire général de l’histoire d’Espagne, Extrait de Mariana, Turquet et autres autheurs qui ont écrit de temps en temps, paru en 1628.

Hormis, à partir de 1660, quelques relations de voyages en Espagne, il faudra attendre le XVIIIème siècle pour que paraissent en France de véritables traités historiques sur l’Espagne et sur la conquête des Maures qui ne soient pas de simples abrégés du Mariana.

Ce manuscrit, rédigé à peine quelques années après le bannissement des Maures d’Espagne, est ainsi un des premiers travaux en français sur l’Histoire espagnole et sans doute le premier à traiter exclusivement et de manière aussi approfondie l’épopée musulmane en Espagne. Retraçant l’histoire religieuse, politique et militaire de l’Espagne médiévale – avènement de l’Islam, invasion arabe, Reconquista et règne des Habsbourg – l’ouvrage est divisé en douze livres, de la vie de Mahomet jusqu’à l’expulsion des Maures de Valence sous le règne de Philippe III en 1609. Chaque livre est lui-même divisé en chapitres qui permettent une grande simplicité de lecture et participent de la volonté de Jouvenel d’instaurer une véritable méthodologie historique inédite.

Précoce, ce manuscrit témoigne d’une approche novatrice de l’historiographie notamment par le refus de la tradition orale, de la fable, et par l’exploitation choisie de sources écrites soumises au regard critique de l’auteur. Jouvenel ne se contente pas de reproduire le discours de ses contemporains mais multiplie les archives. Citant de préférence des auteurs espagnols qui n’étaient pas traduits en français, il compare et remet en question leurs versions. Il s’appuie de préférence sur des sources arabes contemporaines d’Al Andalus, tout en constatant l’absence d’archives – en particulier chrétiennes – que les historiens actuels déplorent encore.

L’auteur cite également, des sources latines et modernes telles que Sébastien de Salamanque (866-982), Vincent de Beauvais (1190-1264) ou Jaime Bleda (1550-1622, Coronica de los moros de España, 1618).

Dans un contexte politique où le discours historique est essentiellement conçu comme une légitimation du pouvoir et de la nation par la justification rétrospective des événements qui y conduisent, le travail d’archive de Jouvenel se détache d’autant plus de cette tradition apologétique qu’il ne traite justement pas de la France et n’est donc pas contraint de présenter une histoire à visée partisane. De plus, Jouvenel ayant par ailleurs édité plusieurs écrits avec succès, il semble évident que celui-ci n’avait pas pour vocation d’être publié. Malgré l’importance et l’originalité de son travail, Jouvenel maintint sans doute volontairement son manuscrit confidentiel.

Pourtant, comme tout discours historique du XVIIème, il est empreint d’idéologie. En fervent chrétien – Elie Fréron rapporte qu’à la mort de Jouvenel, on trouva sur lui une ceinture de fer hérissée de pointes « entrées si avant dans ses chairs, qu’il n’avait pu l’en retirer pendant sa maladie » – Jouvenel ressent la nécessité de proposer une lecture théologique de l’Histoire, celle de la défaite comme celle de la reconquête.

Ainsi, Jouvenel ouvre son récit par une virulente critique de la religion musulmane, décrivant la naissance de Mahomet comme une punition divine : « S’il est vrai que l’infidelité soit la verge la plus effroiable que la justice du ciel emploie à punir les pechés des hommes, vous pouvons dire que despuis l’incarnation du verbe qui donna commencement à l’aloi des grace, l’esglize n’a jamais éprouvé si sensiblement le courroux divin qu’en la naissance de Mahomet. » Il s’ensuit une histoire détaillée bien que très critique de la vie de Mahomet qui permet à Jouvenel de placer sous l’égide de la plus parfaite religion chrétienne, son histoire de la conquête musulmane.

Cependant, après cette affirmation de la prédominance chrétienne, le travail d’historien de Jouvenel ne semble pas parasité par ces considérations théologiques. Son utilisation des documents et sa recherche des sources dénotent un grand respect pour les récits des historiens arabes et une méfiance envers les réécritures fantaisistes des auteurs occidentaux.

Ainsi, pour chaque événement, Jouvenel procède-t-il à une rigoureuse comparaison des versions et à une réflexion sur leur crédibilité, et lorsqu’il cède à la puissance du mythe chrétien, c’est en compensant le manque de vraisemblance par le témoignage des historiens arabes.

L’absence d’archives chrétiennes directes, induit chez Jouvenel une méfiance naturelle envers les sources dont il dispose et l’incite à effectuer d’importants recoupements tant pour déceler une vérité historique que pour produire un contre discours aux versions musulmanes. S’il ne manque donc pas d’émailler son récit d’événements fabuleux assurant la continuité de la présence divine, il procède parallèlement à un travail minutieux de recherches et de comparaison des versions. + de photos

Entre objectivité méthodologique et subjectivité culturelle, cette Histoire générale des Mores d’Espagne présente donc un intérêt notable du point de vue de l’épistémologie de l’histoire au XVIIIème siècle. C’est également un manuscrit d’une grande qualité littéraire, dans lequel l’auteur s’offre de belles envolées lyriques : « Tous deux ensembles fuiant comme des hiboux la lumiere du jour, prirent le chemin de l’Arabie heureuse… » et prenant soin d’offrir à son lecteur un récit vivant, autant que rigoureux, où la rivalité avec la religion musulmane se mêle à la fascination pour une culture et une civilisation qui marqueront profondément les esprits occidentaux.
 


F. A. A. de La Chesnaye-Desbois, Badier : Dictionnaire de la noblesse
Antoine-Alexandre BARBIER : Examen critique et complément des dictionnaires historiques les plus répandus
Elie Fréron : L'année littéraire 1762

VENDU

Réf : 48331

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